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par Pascal Kankonde
RD Congo (Syfia Grands Lacs/RD Congo) Depuis que la municipalité fait travailler les enfants de la rue à l'entretien des rues et au ramassage des ordures, la ville de Kananga, chef-lieu du Kasaï occidental, est à la fois plus propre et plus sûre. Les jeunes n'ont plus le temps de voler !
La ville de Kananga, au sud-ouest de la province du Kasaï occidental, a retrouvé ses couleurs d’antan. En effet, depuis octobre 2007 et à l’initiative du gouverneur de la province, les enfants de la rue, communément appelé shegue ou phaseurs, acceptent de travailler pour maintenir la propreté urbaine, en particulier au marché. Ils débouchent les caniveaux, ramassent des immondices, balayent des artères, repeignent et remettent en état des bordures. Aucune entreprise chargée de la salubrité publique n’existait jusque-là, et la ville devenait de plus en plus sale. Des immondices étaient entassées dans les grandes artères et les sachets en plastique vides jonchaient les rues. Les travaux collectifs du samedi se limitant au simple balayage devant les étalages et les magasins de la ville, les routes restaient sales et les caniveaux bouchés. Mais cela a changé depuis que le gouverneur a lancé l’opération "ville propre" avec la participation active des enfants de la rue, qui seraient au nombre de 80 à Kananga. Plus le temps de voler Ces enfants sont pris en charge par la municipalité. "Nous avons reçu 80 enfants de la rue dont 50 ont accepté de travailler avec nous", nous a confirmé Clément Ngombua, le responsable des encadreurs. Les autres sont soit dans des endroits isolés, soit trop jeunes. Pour bien réaliser leur besogne, ces enfants sont dotés de tout le matériel nécessaire au maintien de la propreté : bêches, râteaux, faux, brouettes, balais…Ils sont tous en salopette avec des bottes en caoutchouc. A la fin de chaque journée, ils reçoivent l’équivalent d’un dollar pour se nourrir, plus l’équivalent de 30 $ à la fin de chaque mois de la part du gouvernorat de province. A l’expérience, la propreté se double d’un autre avantage : la sécurité. Selon le maire, "l’encadrement de ces enfants en rupture familiale nous a rendu la tâche facile en matière de sécurité publique", car "on ne remarque plus ces bandes de jeunes qui visitaient les marchés, bars et autres lieux de forte concentration populaire où ils semaient la désolation. Tout cela a cessé." Semant naguère la panique dans la population en volant, menaçant, escroquant et parfois en se battant entre eux pour attirer l’attention du public, les shegue n’ont désormais plus le temps de se consacrer à ces activités, car ils se retrouvent tous pour le travail de salubrité publique, jusqu’à 16 h sauf le samedi et le dimanche. "Nous n’avons plus le temps de voler parce que le marché ouvre à 8 h et ferme à 16 h, explique l’un d’entre eux. C’est la même chose pour les boutiques et les magasins. Pendant tout ce temps, nous travaillons avec le vieux Nguma (un des encadreurs, Ndlr) et nous terminons toujours fatigués." En sortir Mme Julie, une vendeuse de beignets, confirme que "l’occupation de ces enfants est une bonne chose étant donné qu’en plus de la salubrité publique dont ils sont acteurs, la criminalité dont nous étions victimes a diminué". Quant à Nvita, un chauffeur de taxi-bus, il ajoute : "Depuis l’occupation de ces enfants par la ville, nous roulons sans problème. On ne connaît plus le phénomène des crevaisons fréquentes comme par le passé, parce que chaque jour la route est balayée et débarrassée des objets tranchants qui provoquaient les pannes." Pour certains habitants, il faudrait que cette initiative dure longtemps et surtout qu’un plan pour l’encadrement des plus jeunes soit élaboré afin d’éviter que d’autres enfants se retrouvent dans la rue. Et que ceux qui s’y trouvent en sortent. "Il faut que l’État mette sur pied des initiatives pour réinsérer des enfants dans leur famille, surtout les mineurs", nous a déclaré Célestin Muamba, un opérateur économique qui s’investit aussi dans la défense des droits des enfants. C’est aussi le vœu de Nico, un de ces shegue, qui souhaite que cette initiative s’étende à toute la province du Kasaï occidental, car dit-il "nous devenons grands et nous ne voulons plus continuer à vivre dans la rue". ![]() version imprimable |
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