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29-01-2009                       >lire les commentaires     >faire un commentaire
par Fulgence Niyonagize, Eric Nshemerimana

Rwanda, Burundi
Nord du Burundi : les agriculteurs fuient la famine

(Syfia Grands Lacs/Burundi) Dans la province de Kirundo au nord du Burundi, la plupart des agriculteurs n'ont rien récolté depuis avril dernier faute de pluie. Affamés, beaucoup fuient vers le Rwanda voisin ou d'autres régions mieux loties.

Ils sont partis il y a deux mois, car ils avaient trop faim, expliquent les amis des habitants de deux maisonnettes fermées qu'on remarque sur ces collines de Busoni, dans la province du Kirundo au nord-est du Burundi. Ils ont fui au Rwanda voisin, en Tanzanie ou dans les provinces avoisinantes : ils ne savent pas bien. Selon le gouverneur de la province, près de 1 400 familles auraient ainsi été contraintes de quitter leurs habitations. Ceux qui restent sont visiblement sans occupation puisqu'ils ne peuvent pas travailler dans leurs champs. Sur la colline Gitwe, à Bugabira, des femmes sont couchées avec leurs enfants devant les maisons, des hommes jouent aux cartes dès 9 h du matin. Seules quelques femmes tentent tout de même labourent leurs parcelles pour éviter l’oisiveté. Ils disent tous que, si rien ne change, ils finiront eux aussi par quitter ces lieux où il n’y a presque rien à manger.
Dans la région, la dernière récolte date d'avril. Depuis 8 mois, ils n'ont pratiquement pas eu de pluie. Elle n'est tombée qu'au mois d'octobre. Les agriculteurs s’étaient alors précipités pour planter le haricot et le maïs, mais la pluie s'est arrêtée et tout a séché. Lors de la dernière saison agricole (septembre-décembre), ils n’ont rien récolté. Sinamuziga Abdala, de la colline Gatete, raconte qu'il a semé 50 kg de haricots, mais a récolté moins de 5 kg. Les prix de toutes les denrées alimentaires ont augmenté. Ainsi, celui du régime de bananes a pratiquement triplé. Souvent les gens n'ont pas d'autre choix que de partir le plus vite possible.

Tout est chétif ou sec
Depuis 6 ans environ, les sécheresses sont récurrentes dans cette région du Bugesera, autrefois grenier du pays. De longues saisons sèches alternent avec des saisons pluvieuses trop courtes pour permettre aux plantes de produire, car, dans ces sols sablonneux, le manque d'eau entraîne rapidement la mort des plantes. Le niveau des marais et lacs a visiblement baissé. Le lac Rweru, sur la frontière entre Burundi et Rwanda, a perdu quelques-uns de ses bras. On y remarque aussi des îlots qui n’existaient pas auparavant. Sur la colline de Gatare, une vallée est complètement desséchée. Des jeunes gens de la colline voisine du lac Cohoha, appelé aussi lac aux oiseaux, affirment avoir vu ce lac reculer de près de 100 m. La végétation n’est pas épargnée. Dans la commune de Busoni, à l'ouest de Kirundo, la plus frappée, on ne voit que des plantes chétives : des tournesols de 0,50 cm de haut, des bananiers avec 4 feuilles au plus, des pieds de haricot sans gousse...
Plus on avance vers la frontière burundo-rwandaise, plus le paysage est desséché. Peu de verdure dans les champs. Toutes les plantes comestibles sont sèches. Seuls quelques arbres robustes, des plantes épineuses et un peu d’ignames restent verts. Les caféiers et les bananiers commencent eux aussi à mourir de soif. Dans la commune de Bugabira, au nord-est de Kirundo, quelques rares collines, où il a plu, ont pu récolter un peu de haricot. Ici, les éleveurs ont du mal à nourrir leurs nombreuses vaches. Ils transhument vers les marais où il reste un peu d'herbe. Les chèvres broutent les plantes épineuses.
Les hommes sont visiblement faibles, tenaillés par la faim. "C’est par la grâce de Dieu que nous mangeons", affirment deux d'entre eux, Wambayinzobe de Bugabira et Mbarushimana Deo de Busoni. Dans ces circonscriptions, les gens ne mangent plus que de la pâte de manioc, difficilement, car le kilo coûte 500 Fbu (0,5 $). Ils la mangent avec quelques petits poissons secs ou diluée à l'eau salée. D'habitude, ils aiment la banane cuite à l’eau mélangée au haricot et le riz.
Les aides commencent cependant à arriver. Le Programme alimentaire mondial (PAM) a distribué 650 t d'aide alimentaire mi-janvier et la FAO va distribuer des semences et des outils aux agriculteurs les plus démunis. Les autorités prévoient une distribution de fèves et de farine de maïs. La Croix-Rouge du Burundi collecte des denrées dans les communes qui ont bien récolté. La mobilisation s'intensifie, mais reste insuffisante. Tout le monde ne peut pas être servi. Pour Marcelle Niyorugira, chef de colline dans la zone de Kigoma, ces aides alimentaires sont ainsi à l’origine de conflits. Ainsi, il y a deux semaines, 5 familles de cette zone, qui avaient été servies, ont été brûlées dans leurs maisons.

ENCADRE

Rwanda
Les Burundais en situation précaire

"Je suis revenu de Kirundo il y a deux semaines. J’étais parti donner de l'argent à ma famille ", raconte Nicolas Niyokwizera qui travaille comme boy à Nyamata, dans le Bugesera, à l’est du Rwanda pour 9 $ par mois. Lui et son grand frère, qui est à Kigali, rentrent chacun à leur tour, une fois par mois, pour nourrir leur famille qui habite le nord du Burundi en proie à la famine.
Dans la ville de Nyamata, les Burundais sont nombreux à chercher un emploi. Ils travaillent sur les chantiers, gardent des troupeaux ou sont boys dans les ménages. En échange d'un logement, ils travaillent parfois gratuitement une journée par semaine pour une famille rwandaise.
Cette région du Bugesera n’est guère mieux favorisée que leur région d'origine, voisine. En janvier, il n’y a plu que deux fois, ce qui inquiète les habitants. Certains Burundais préfèrent ainsi traverser le Rwanda pour aller dans la région d’Umutara, à la frontière avec l’Ouganda. "À Umutara, le sol est fertile. Il pleut abondamment et la main d’œuvre est rare", explique Emmanuel Niyonzima, un Rwandais qui a vécu au Burundi.
Certains de ceux qui ne trouvent pas de travail, découragés, se mettent parfois à voler. "Il y a une semaine, j’ai abrité un compatriote venu chercher un emploi. Ne trouvant pas, il s’est lancé dans le vol du bois et le commerce du chanvre. Il a été arrêté et emprisonné par la police", raconte Jean Pierre Niyomunezero, un gardien de troupeau burundais. D'après lui, ces vols donnent une mauvaise image des Barundis. "Même quand un Rwandais vole, on attribue le méfait aux Barundis et nous sommes embarqués dans des camions en direction de chez nous".
Pour travailler au Rwanda, les Burundais doivent avoir un laissez- passer de 15 jours qu'ils à faire revalider toutes les deux semaines. Cependant, ils trouvent qu’il est difficile de traverser la frontière deux fois par mois pour cela avec le risque de gaspiller leur paye en voyages. En juillet dernier, 60 Burundais qui vivaient illégalement sur le territoire rwandais ont été chassés et contraints de rentrer chez eux.


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