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26-02-2009                       >lire les commentaires     >faire un commentaire
par Mubalama Passy

RD Congo
Goma : Les femmes attentives à rendre l'eau potable

(Syfia Grands Lacs/RD Congo) Même s'il faut faire des kilomètres à pied et patienter de longues heures, les femmes de Goma sont de plus en plus nombreuses à faire traiter au chlore l'eau qu'elles puisent dans le lac Kivu. C'est le résultat d'une campagne de sensibilisation menée par une association locale qui veut ainsi lutter contre le choléra et autres maladies transmises par l'eau.

Il est 6 h du matin à Keshero, quartier qui longe le lac Kivu aux abords de Goma (Nord-Kivu). Des femmes et des jeunes filles attendent patiemment leur tour pour puiser de l'eau du lac. Une fois servies et avant de regagner leurs domiciles, elles doivent encore se rendre sur le site de chloration où les attendent les agents du Comité Uzima, une association locale. Bidons, jerricans, seaux et autres bassines sont disposés pour permettre aux agents d'injecter une faible dose d’hypochlorite de sodium, plus connu ailleurs sous le nom d'eau de Javel, utilisé pour désinfecter et purifier l'eau, parce qu’il combat efficacement les bactéries, les virus et les champignons. Ensuite seulement, ces femmes et jeunes filles peuvent rentrer chez elles avec une eau potable, propre à la consommation. Elles et leurs familles sont ainsi protégées des maladies d'origine hydrique. Ici, la population prend de plus en plus conscience des risques liés à la consommation d'eau non traitée.

Prévention contre le choléra
Pour elle, le chlore Uzima, comme on l’appelle ici, est devenu un produit à usage quotidien. Bienvenue Kyalondero, une des femmes rencontrées au point d'eau, explique sa patience dans la longue file d'attente pour bénéficier du "médicament" (ou "dawa" en swahili, sa langue) : "même si la file d’attente est longue, je reste jusqu'à midi s'il le faut, pour avoir une eau traitée. Il y va de la santé de ma famille."
Une vaste campagne de sensibilisation est conduite depuis un an par le Comité Uzima, une organisation locale autonome. Ce comité est composé de 16 membres, toutes des femmes, qui jouent le rôle de sensibilisatrices dans la lutte contre le choléra. Cette action, conjuguée à d'autres efforts en matière de soins de santé, a permis de sensibiliser les populations aux risques liés au choléra. Selon Sylvie Zawadi, responsable du Comité Uzima, "le Lac Kivu est un berceau des vibrions et plus particulièrement du vibrion de choléra", ce qui justifie, d'après elle, l'importance et l'urgence de cette campagne de sensibilisation. Le risque de développement d'une épidémie est particulièrement important dans les camps de déplacés aux abords de Goma, en raison de la promiscuité et des conditions d'hygiène déplorables. "Notre travail consiste à traiter l’eau du Lac par l'eau de javel, afin de la rendre potable, mais l’objectif majeur reste la prévention contre le choléra et d’autres maladies dites des mains sales", ajoute S. Zawadi.

Une petite dose suffit
Selon Naburo Séraphine, qui travaille au comité comme sensibilisatrice, "l’épidémie de choléra faisait des ravages dans des familles. Les enfants en bas age souffraient régulièrement des cas de diarrhées dues à la consommation de l'eau non potable. Après la sensibilisation faite par le comité Uzima sur l’usage de l’eau traitée au chlore, la population fait plus attention".
Le chlore est aussi largement utilisé dans les écoles où l'eau de Javel sert à désinfecter les toilettes, la cour et les salles de classes, et pour se laver les mains. "Nous le faisons pour protéger les enfants contre les maladies", explique le directeur de l’école primaire de Keshero, qui achète le produit auprès du Comité Uzima. Les mamans du comité fournissent également les bars et les hôtels de la place.
Les populations qui habitent dans les quartiers non desservis en eau potable n'hésitent pas à faire de longs trajets pour s'approvisionner auprès des sites de chloration ou des pharmacies accréditées. "J’ai peur de m'approvisionner en eau chez les revendeurs à vélo, car je ne suis pas sûre qu'elle soit bien traitée au chlore", se justifie une vieille dame rencontrée à la plage du Peuple, un autre site de chloration, dans le quartier Himbi. Et elle n'est pas la seule. "Moi j’habite à Katoyi, je parcours chaque matin quatre kilomètres à pied pour avoir une eau traitée, raconte Mwa Chibeza. Nous rentrons avec de l’eau du lac, sans craindre le risque des maladies transmises par l'eau."

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