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Burundi

09-04-2009

Burundi : les inégalités de salaires des fonctionnaires, fauteurs de grève

(Syfia Grands Lacs/Burundi) En grève depuis près d'un mois les médecins burundais exigent une très forte hausse de leurs salaires. Comme d'autres catégories de fonctionnaires, ils sont choqués par les profondes disparités de rémunération au sein de la fonction publique, qui créent un profond malaise et poussent à la grève.

Après d’intenses négociations, le gouvernement burundais et tous les professionnels de santé ont paraphé le 7 avril, un accord fixant les primes et indemnités qui leur sont accordées. A moitié satisfaits de ces acquits, les infirmiers et autres auxiliaires santé renfilent cependant leurs blouses blanches et reprennent le service. Mais les médecins persistent et signent : "Nous ne mettrons fin au mouvement de grève que si le gouvernement revoit sensiblement à la hausse nos salaires", a déclaré, le 8 avril, le docteur Canisius Mbonyingingo, du Syndicat des médecins du Burundi (Symebu).
Les 170 médecins des hôpitaux publics sont en grève depuis la mi-mars pour forcer le gouvernement à majorer leurs salaires, bien inférieurs à ceux de nombreux fonctionnaires. Les infirmiers et auxiliaires de santé leur avaient emboîté pour obtenir certains avantages, paralysant ainsi tout le secteur. "C’est une situation inédite, car aucun autre pays au monde n’avait jusqu’ici connu un arrêt total du travail des professionnels de santé pendant une si longue période", s’indigne Anaclet Niyongabo, de la ligue des droits de l’homme Iteka. Seuls les cas urgents sont pris en charge.
La grogne est aussi perceptible chez les enseignants du primaire et du secondaire. Dans un cas comme dans l’autre, le point de départ de ces mouvements d’humeur est la grande disparité des salaires entre les différentes catégories professionnelles de la fonction publique. Aujourd’hui, le salaire mensuel d’un médecin généraliste débutant (7 ans d’études supérieures) oscille autour de 90 000 Fbu (90 $). En fin de carrière, il reste en dessous de 500 $. C’est nettement moins qu’un cadre (de niveau licence, 4 ans d’études) qui travaille à l’Inspection générale de l’Etat et gagne environ 1 000 $ mensuel. Pour boucler leurs fins de mois, les médecins ont donc tous un pied dans le privé.

1 000 $ par mois
Ils réclament d'être payés au moins autant que leurs collègues du Rwanda voisin : 1 000 $ par mois. "Au Burundi, les professionnels de la santé sont comme des bâtards au regard du traitement de faveur que le gouvernement réserve aux magistrats, aux militaires, aux policiers, etc. Cette injustice doit cesser", considère le docteur Willy Gatore, porte-parole du syndicat des médecins.
Dès 2006, le gouvernement a, en effet, accordé de gros avantages aux militaires et policiers qui ont traditionnellement des velléités putschistes. Et c’est aussi pour faire barrage aux sollicitations externes à relent de corruption qu’il a accordé les mêmes faveurs aux magistrats de la Cour des comptes, de la brigade ou de la cour anticorruption et aux agents et cadres de l’Inspection générale de l’État. Ces catégories de fonctionnaires bénéficient de statuts spéciaux. Ainsi, un jeune magistrat ou officier de police perçoit plus de 300 000 Fbu (300 $). "Ils sont payés dix fois mieux que les autres fonctionnaires de l’État et c’est ce criant déséquilibre qui crée le malaise des autres et suscite finalement des vagues de grèves axées sur des revendications salariales", remarque Gabriel Rufyiri, président de l’Olucome, une association contre la corruption et les malversations économiques.
Les autres fonctionnaires, cadres ou agents des autres ministères, sont très amers. Ils ont des fins de mois difficiles et sont enclins à la corruption, à l’absentéisme ou au farniente... "L’État fait semblant de nous payer et nous, nous faisons semblant de travailler", ironisent certains. Comme les professionnels de la santé, ils revendiquent aussi un statut spécial.

Un statut unique pour les fonctionnaires
Mais le gouvernement hésite, en raison des implications financières. Pour reprendre le travail, les médecins exigent ainsi que celui-ci décuple, d’un seul coup, leur salaire actuel. "C'est impossible à réaliser compte tenu des maigres ressources du pays. Cette demande aurait un impact budgétaire de 65 milliards de Fbu, (65 millions de $) soit près de la moitié du salaire des fonctionnaires au Burundi" explique Jean Sindayigaya, conseiller du vice-président de la République chargé des questions économiques "En ouvrant la porte aux statuts spéciaux pour les uns, le gouvernement s’est lui-même piégé et le statut général des fonctionnaires sera plutôt très particulier et ne concernera plus qu’une infime partie d'entre eux", estime Isidore Basabakwinshi, du Projet d’appui à la gestion économique. Les médecins reconnaissent d'ailleurs que leur colère s’alimente de ces traitements de faveur. "Nous voulons qu’il y ait plus de justice et d’équité dans le système des salaires", conclut le docteur Pierre Claver Hajayandi.
De fait, la question salariale est structurelle et la réponse sera globale. Le gouvernement promet d’harmoniser les salaires en mettant en place un statut unique. Une équipe technique planche sur ce statut qui devrait être prêt avant la fin de cette année.

Silvère Hicuburundi