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Syfia Grands Lacs s'étend et se diversifie. D'autres projets s'y sont rattachés. Celui de Mongongo, le journal-école de Kisangani qui permet aux jeunes sortant de l'université d'avoir une formation pratique et est le seul journal régulier de la ville. Celui du suivi des processus électoraux au Rwanda dans le respect des règles professionnelles. La production d'articles et de dossiers, montrant les réalités quotidiennes des trois pays des Grands Lacs, se poursuit . Deux journaux sont publiés, l'un en RD Congo et l'autre au Burundi.

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04-06-2009                       >lire les commentaires     >faire un commentaire
par Albert-Baudoin Twizeyimana

Rwanda
Rwanda : abondance de lait difficile à bien vendre

(Syfia Grands Lacs/Rwanda) Le lait coule maintenant à flots au Rwanda grâce au programme "Une vache par famille pauvre", lancé il y a trois ans. Mais les usines de transformation sont rares, les gens trop pauvres pour l'acheter, le prix trop bas pour les producteurs et l'absence d'hygiène décourage les consommateurs.

Ce villageois de Ngoma, à l'est du Rwanda, est fier de produire chaque jour 16 litres de lait. Mais "ne gagner presque rien avec cette production me décourage", lance-t-il, très déçu. Pour lui, avoir suffisamment de lait pour sa famille est le seul avantage qu'il tire de ses deux vaches, dont la génisse reçue gratuitement, fin 2007, grâce au programme Girinka (Aie une vache).
La plus grande partie de son lait est vendue à un prix dérisoire, 100 Frw (0,20 $) le litre. "Souvent les acheteurs manquent, et après quelques jours, on est obligé de jeter le lait avarié, car on n'a pas de moyens de conservation", témoigne-t-il. "De nombreux villageois ont du lait chez eux, mais ceux qui n'en ont pas n'ont pas d'argent pour en acheter", constate Cyubahiro de Kayonza, Est.

700 000 vaches
Depuis trois ans, près de 700 000 ménages pauvres ont reçu une vache pour améliorer leur situation économique. Le programme "Une vache par famille pauvre" est cogéré par le gouvernement, les bailleurs de fonds, le secteur privé et les communautés locales. Il contribue largement au développement de l’élevage bovin laitier à travers tout le pays. "La vache aide à améliorer la nutrition par le lait et augmenter rapidement le revenu et la productivité des parcelles par le fumier organique", explique un agent du projet d'appui au développement bovin laitier (PADEBL). Celui qui a reçu une vache doit donner la seconde génisse née de sa vache à son voisin. La chaîne continue ainsi jusqu’à ce que le dernier paysan qui remplit les conditions ait son animal.
Ce programme a vite augmenté le cheptel bovin du pays et contribué à l'amélioration génétique des vaches traditionnelles par l’insémination artificielle. Ainsi, le Centre d'appui aux petites et moyennes entreprises au Rwanda (CAPMER), dans son "Étude sur le diagnostic rapide de la filière lait" de mars 2009, affirme que "certaines régions des provinces de l'Est et du Sud deviennent de véritables bassins laitiers, suite à leurs conditions favorables au développement de l'élevage bovin". La province de l’Est abrite à elle seule 45 % du million et demi de têtes de bétail que compte le pays.
"Les agriculteurs rwandais ont commencé à jouir des avantages en lait et viande des vaches de race améliorée", se félicite Théogène Rutagwenda, directeur de l'Agence rwandaise pour le développement des ressources animales. Ceux-ci le reconnaissent. "La nutrition de ma famille s'est grandement améliorée, mes enfants ont suffisamment de lait et grâce à l'argent tiré du lait de mes deux vaches, je parviens à payer les équipements de base et à subvenir à de nombreux besoins familiaux", apprécie Hategeka, un villageois de Kayonza.
Selon l'Institut national de la statistique, le pays a produit près de 260 000 t de lait de vache en 2008 contre 190 000 t en 2007. "Actuellement, le pays produit au moins 1,5 million de litres de lait frais chaque jour", révèle cet agent de PADEBL. Selon un employé de la Banque nationale du Rwanda "actuellement, le pays importe au plus un cinquième du lait en poudre d'il y a 5 ans".

Manque d'hygiène
Malgré cette augmentation considérable de la production, la couverture des besoins locaux est loin d'être assurée, et l'éleveur ne tire pas les revenus escomptés de ses animaux. Aujourd'hui, un villageois vend son lait deux fois moins cher qu'il y a deux ans. "Rien n'a été prévu pour la commercialisation et la transformation en rapport avec l'augmentation de la production de lait. Voilà pourquoi, les villageois sont obligés de consommer localement tout ce qu'ils produisent", remarque un employé de la CAPMER.
Pour le moment, les trois laiteries opérationnelles du pays ne transforment que près de 2 % de la production nationale. Et rares sont ceux qui peuvent payer les produits laitiers des industries. "Le fromage et les yaourts locaux restent rares sur le marché et coûtent excessivement cher", affirme Habana, de Kigali.
Quelques camionnettes qui alimentent la capitale, font le ramassage quotidien dans des grandes fermes et alimentent les kiosques avec quelques dizaines de canettes de lait frais. Une infime partie est aussi exportée, surtout vers la RD Congo.
Pour le reste, ce sont les éleveurs qui écoulent eux-mêmes leur production. "Les mauvaises conditions de transport, de traitement et de conservation du lait détériorent sa qualité. Souvent, il n'est pas gardé au froid, il est vendu dans des petits bidons, des bouteilles, des sachets, etc.", note Muhire, de Gasabo, Kigali. Au village comme en ville, il se vend dans les kiosques connus sous le nom Amata na Fanta bikonje (du lait et des limonades frais), sans grand respect de l'hygiène. "J'ai arrêté de donner à mes enfants le lait dit frais, vendu dans les kiosques car à maintes reprises, ils en ont été malades", se plaint Maman Joli, de Kicukiro.

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