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par Evariste Mahamba
RD Congo (Syfia Grands Lacs/RD Congo) Après la reprise de Rutshuru par l’armée gouvernementale, les terrains de foot sont devenus l’exutoire des tensions entre les jeunes qui ont fait partie des mouvements armés pendant la guerre. Mais aujourd’hui, des efforts de sensibilisation menés par les responsables des équipes ont ramené un début de paix dans les stades.
Ce dimanche-là, le match phare de la journée du championnat de football local oppose l’ AS Cosmos au FC Karisimbi, au stade Tata Ndeze Rugabo II, à Rutshuru (Nord-Kivu). Dès la 2e minute, Cosmos attaque et son numéro 9, profitant d’un cafouillage dans le camp de Karisimbi, reprend de la tête une balle aérienne et trompe le gardien de l'équipe adverse. C’est déjà 1 à 0 en faveur de l’Association sportive Cosmos. Curieusement, aucun signe de violence n’est perceptible entre les partisans des deux camps. Fin février, pourtant, juste après la reprise de Rutshuru par l’armée gouvernementale au CNDP (Congrès national pour la défense du peuple), plusieurs stades étaient devenus l'exutoire des tensions qui persistaient dans la société, des lieux d’expression des rancunes entre les jeunes qui s’étaient ralliés à des groupes armés opposés. ″Il y a un mois encore, les rencontres entre ces deux équipes étaient émaillées d’incidents graves et d’injures entre joueurs et supporters fanatiques. Les uns étaient taxés de Mai-Mai, d’autres accusés d’être des partisans du CNDP de Laurent Nkunda″, explique Rémy Unyumbe, le chargé des Sports et loisirs du territoire de Rutshuru. Certains fans se présentaient même au stade avec des armes blanches, ajoute-t-il : ″On pouvait voir un groupe de jeunes gens avec des couteaux, postés derrière les poteaux de buts, affirmant qu’ils montaient la garde pour ne pas laisser passer les infiltrés″. Les responsables s’impliquent L’occupation du territoire de Rutshuru par le CNDP, entre octobre et février, avait en effet poussé certains jeunes à se rallier aux Mai-Mai et d’autres à intégrer le mouvement de Laurent Nkunda. Ces mêmes jeunes sont les partisans des différentes équipes de foot de la zone dont certains joueurs avaient aussi pris les armes. Le retour au calme militaire n’a pas mis fin immédiatement aux tensions entre camps opposés. Si, quelques mois plus tard, il y a moins de violences dans les stades du territoire, c’est grâce à l’initiative menée par les secrétaires de ces équipes en compétition. ″Mon collègue et moi avons compris que ce genre de situation pouvait de nouveau déclencher une guerre″, précise Tsongo Kasereka, le secrétaire du FC Karisimbi. Les secrétaires ont organisé des réunions au cours desquelles ils ont expliqué les dangers que court une équipe qui affiche des comportements violents au stade : ″Elle peut être suspendue et perdre tous les matchs de ce championnat.″ Des supporters connus pour être agressifs sont convoqués avant les matchs pour leur rappeler l’exigence de rester calme. Ces actions ont réussi, témoigne le responsable d’une équipe. ″Pour contribuer à la paix et au caractère purement sportif des activités, un de mes joueurs a même préféré abandonner le foot parce qu’il focalisait sur lui la suspicion d’avoir pris les armes pendant la guerre″, précise Maurice Tauti, secrétaire de l’AS Cosmos. Celui-ci a invité les sages des quartiers à s’impliquer eux aussi dans cette sensibilisation, car les tensions commençaient à s’étendre à toute la ville. En vain jusqu’à présent. Selon lui, certains quartiers restent connotés comme partisans des groupes armés, et c’est au stade que les oppositions risquent de s’exprimer. D’ailleurs, certains amateurs de football ne s’y rendent plus, par peur. C'est le cas de Junior Mutaka, habitant de Kiwanja : ″Je ne vais plus au stade. Tout ce que se passe là-bas est décevant. On risque d’être confondu avec des fauteurs de violences″, se désole-t-il. Le calme n’est pas encore gagné… Des arbitres pas neutres Ces tensions ont aussi une influence sur les sifflets des arbitres. Certains hésitent à pénaliser une équipe qui est en passe de perdre un match. Une situation qui a poussé certains arbitres à appliquer la loi sportive avec délicatesse pour ne pas être pris au piège. ″Une équipe qui se sent déjà battue est agressive, affirme Werra Surumwe, président du cercle sportif de Rutshuru. Certains arbitres restent alors très prudents, pour ne pas être à l'origine de violences.″ Ce cercle est la structure qui gère le football à Rutshuru. M. Nyengele, président d’une équipe de Kiwanja, estime que ce sport doit être réorganisé pour éliminer complètement les tendances ″tribalo-ethniques″ qui le gangrènent. En outre, précise-t-il, des arbitres favorisent parfois l’une ou autre équipe parce qu’ils ne maîtrisent pas les règles sportives. Mais au moins, la guerre du foot n’aura pas lieu. ![]() version imprimable |
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