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par Kennedy Wema
RD Congo Solides et bon marché, les sandales fabriquées avec de vieux pneus connaissent un grand succès à Butembo, au nord de Goma, où les habitants de toutes conditions les achètent en nombre. Ce qui nettoie du même coup la ville de ces déchets encombrants et polluants.
Des piles de pneus usés, des cordes suspendues de part et d'autre d'un kiosque en planches, des dizaines de sandales en caoutchouc étalées devant la porte… C'est le décor qu’on aperçoit devant l'atelier de travail de Kakule Musovoli, cordonnier au centre-ville de Butembo, au nord de Goma dans la province du Nord-Kivu. "Je ne raccommode plus les vieilles chaussures. J'ai choisi de fabriquer 'Le samaritain' (nom donné à la marque de fabrique locale de sandales, ndlr), ça paye mieux", raconte-t-il, en découpant un vieux pneu à l’aide d’un couteau. Depuis un peu plus de deux ans, des cordonniers de Butembo fabriquent en grand nombre ces sandales à l’aide des pneus usés des véhicules, qu’ils revendent sur place et aux habitants des villages environnants. Ceux qui les chaussent les ont adoptées, puisqu’ils les trouvent à la fois souples et durables. Les cordonniers sont encouragés dans leur entreprise, notamment par le changement de mentalité des citadins qui avaient l’habitude de snober ces chaussures portées au début par les seuls villageois. Mais depuis, de nombreux habitants de Butembo prennent d’assaut la dizaine d’ateliers de la ville avec des modèles des sandales importées pour que les artisans locaux s’en inspirent. Plus solides que les chinoises Une paire de ces sandales "made in Butembo" est vendue entre 1 500 et 2 000 Fc (1,5 et 2 $), contre 3 000 à 4 000 Fc (3 à 4 $) pour celles qui sont importées. "Mes clients sont de toutes les conditions", explique Kambale Luhwereko, un fabriquant installé au parking La concorde au centre-ville. Des clients comme Kisuki Kilonzo, qui se plaignent de la mauvaise qualité des sandales venues notamment d’Asie. "Elles ne durent pas souvent. En un mois, vous ne savez plus les chausser", déclare-t-il, quelques paires de 'samaritain' entre les mains. Selon plusieurs habitants qui les utilisent, une paire de ces chaussures fabriquées localement peut durer jusqu'à 5 ans sans s'user. "Nous vendons à tout le monde. Même aux riches", explique Kakule Musovoli qui dit écouler en moyenne une dizaine de paires par jour. Sa plus grande clientèle se compte parmi les cyclistes. Ceux-ci les chaussent pour bien pédaler et les utilisent parfois comme frein. "Nous sommes dans une zone montagneuse. Lorsque vous portez ces sandales, vous êtes sûrs de vous même si les freins lâchent", témoigne Georges Vahwere, qui fait le transport des marchandises à vélo sur l'axe Beni-Butembo. Moins de pollution Avant que les cordonniers n’en fassent des chaussures, les vieux pneus étaient brûlés à diverses occasions. Pendant les réveillons des fêtes, des badauds avaient l’habitude de les incinérer le long des avenues, polluant ainsi l'atmosphère. Les autorités interdisaient à chaque fois cette pratique mais en vain. "La fumée dégagée par les pneus brûlés est nocive à l’homme. Maintenant qu'on ne les brûle plus, ces cordonniers nous rendent un bon service", déclare Karungu Mahamba, chef du service de l'Environnement de la commune Kimemi, au centre-ville de Butembo. Les garagistes et propriétaires des véhicules ne savaient, eux, souvent pas quoi en faire. "On attendait que ceux qui en avaient besoin viennent les récupérer. Maintenant, on les revend aux cordonniers", se réjouit Magloire Kipase, mécanicien. Médecin traitant dans un hôpital de Butembo, le Dr Marcel Kambumbu apaise les inquiétudes des habitants qui s’interrogent parfois de possibles conséquences sanitaires au niveau des pieds dues au port de ces sandales. "Elles sont fabriquées avec la même matière que beaucoup d’autres chaussures en caoutchouc. La peau des plantes des pieds ne peut pas en souffrir", rassure-t-il. ![]() version imprimable |
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