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par Thaddée Hyawe-Hinyi
RD Congo (Syfia Grands Lacs/RD Congo) Pour aider les nombreux paysans sans terres du Sud Kivu, de plus en plus de paroisses catholiques, qui disposent de grands domaines, leur louent des champs. Ces contrats de métayage, permettent aux agriculteurs de survivre et aux prêtres de se nourrir. Les autres grands propriétaires terriens sont invités à faire de même.
Plus de 420 métayers cultivent dans la concession de la paroisse catholique de Kashofu, sur l’île Idjwi dans le lac Kivu, à l’est de la RDC. "Ceux qui font le ‘’bwasâ’’ (métayage en langue locale shi) à la paroisse sur des champs de 100 mX100 m, payent trois mesures de soja à chaque récolte et tout le monde travaille une journée par an au champ paroissial", explique un prêtre de cette paroisse. Le paiement en soja a été choisi pour pousser les paysans à planter cette légumineuse riche en protéines. S'y ajoute parfois une contribution exceptionnelle, comme cette année les 25 $ demandés pour la construction d'une nouvelle église. Les agriculteurs s'engagent aussi à ne planter que des cultures à cycle de vie court (pas d’arbres ni de bananiers), et à accepter que la paroisse reboise l’espace qu'ils exploitent. Les conditions à remplir les satisfont généralement. En effet, les autres gros propriétaires terriens exigent des métayers deux chèvres avant de commencer le labour et des récoltes à chaque saison. Sans compter les contributions aux événements heureux ou malheureux du propriétaire du champ : 160 $ en moyenne chaque année pour payer des chèvres lors des mariages, de la bière et de la nourriture… Cultiver sur les terres des églises s'avère plus avantageux et le nombre des métayers dans les paroisses est passé de quelques dizaines en 2007 à plusieurs centaines en juillet 2009. Gros propriétaires De nombreux cultivateurs du Sud Kivu n'ont, de fait, guère d'autre choix que de louer des terres. Le partage des terres arables date, en effet, de la colonisation durant laquelle de vastes étendues ont été cédées aux missionnaires et aux planteurs de quinquina, de café et de thé. En 1975, le Parc National Kahuzi-Biega fut agrandi de 600 à 6000 km2, chassant de nombreux paysans de leurs champs. Depuis 2004, le nouveau code forestier autorise les privés à demander jusqu’à 400 ha de concession privée dans les forêts de l'Etat. La population rurale, elle, continue de croître et "les familles vivent avec une portion de terre d’une moyenne de 0,87 ha par ménage de 8 personnes", signale le Pr Jean-Berckmans Muhigwa. Cette superficie ne cesse de baisser. J. N., un paysan, le reconnaît : "J’avais reçu de mon père un champ qu’après 19 ans, j’avais divisé en trois parties, une pour ma femme et les deux autres pour chacun de mes deux fils". Les conflits terriens entre les agriculteurs sont nombreux, comme le reconnaît le magistrat Nathanaël Mwendambali : "la plupart des procès reçus au tribunal de grande instance de Bukavu ont trait aux problèmes fonciers". Les paroisses catholiques sont considérées par certains comme des accapareurs de grands domaines. Des métayers se sont ainsi attaqués à la paroisse de Kashofu, "jusqu’à aller en procès contre nous disant que l’espace qu’ils cultivent était devenu le leur, pour l’avoir exploité pendant 3 ou 5 ans", regrette un abbé. Ce comportement a poussé les prêtres à plus de vigilance. "Des non catholiques en profitent aussi, mais qui ne peuvent plus le crier trop haut au risque de se faire radier de la liste", précise Shamavu Sanvura, un enseignant d’Idjwi. Avantageux pour tous A l'espace toujours plus réduit, s'ajoute la baisse de la productivité dans les champs de la province qui ne connaissent ni alternance des cultures, ni engrais, ni jachère par manque de terres. "Pour améliorer la production agricole, nous recourons aux paroisses qui ont des champs plus productifs, car moins surexploités et mieux protégés", déclare José Kapalata, un métayer d’Idjwi. Ces contrats de métayage s'avèrent intéressants pour les deux parties. "Les contributions en nature remises par les métayers nous permettent d’assister les paroisses de la ville, moins nanties et qui achètent tout", explique l’abbé Pierre-Innocent, un ingénieur agronome. Les chrétiens aussi sont satisfaits. "Nous produisons des vivres comme les autres villageois qui exploitent leurs propres champs", se réjouit Angela M’Rwabahizi, une métayère. Et les paroisses n’ont plus besoin de cultiver pour leur subsistance "parce que chaque locataire nous remet une portion de sa récolte à chaque saison", reconnaît un abbé économe d’une de ces paroisses. Pour diminuer le nombre de "paysans sans terres" et limiter l'exode rural, les Eglises et les Ong lancent des appels à la solidarité. Dans les sermons, les prêtres demandent aux gros propriétaires terriens de partager avec les pauvres. Félicien Zozo d'Action sociale et d’organisation paysanne (ASOP), une association locale qui travaille exclusivement avec les paysans, explique : "Autour des problèmes fonciers, nous avons réuni les propriétaires terriens pour les amener à louer des espaces arables aux paysans démunis." ![]() version imprimable |
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