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05-11-2009                       >lire les commentaires     >faire un commentaire
par Eric Nshemezimana

Burundi
Burundi : le niveau des élèves baisse dans les collèges

(Syfia Grands Lacs/Burundi) La multiplication, sans planification, des collèges communaux au Burundi, qui remplacent les lycées pour les premières années du secondaire, a fait baisser fortement le niveau des élèves, de plus en plus nombreux. Ce qui se répercute jusqu'à l'université.

Les directeurs de lycées dans les provinces du Burundi sont unanimes : les élèves issus des Collèges communaux, dits aussi Co.Co, où ils ont fait 4 ans après le primaire, ne réussissent guère dans les classes suivantes, comme le remarque Mukama, directeur d’un lycée de Kayanza, au nord du Burundi. Les enseignants de ces lycées outillés pour un bon enseignement – internat, laboratoires, bibliothèques, professeurs qualifiés…– conjuguent leurs efforts, mais n’arrivent pas à relever le faible niveau de ces enfants. Ils sont contraints de laisser passer les moins mauvais en classe supérieure. Par exemple, au Lycée Busiga, pour l’année scolaire 2008-2009, environ la moitié seulement des quelque 150 enfants ont avancé.
Ce problème a des répercussions jusqu'à l'université. Depuis plus de 10 ans que ces écoles, sans internat, se sont multipliées, la plupart des étudiants sont passés par les Co.co. Pour accéder aux études supérieures, ils sont sélectionnés par un examen auquel ils doivent réussir avec une note minimum de 50 %. Désormais rares sont les élèves qui l’atteignent et la cooptation est nécessaire pour avoir un nombre suffisant d'étudiants.
Ces collèges, financés par le petit minerval de 9 000 Fbu (9 $) par an par élève et gérés en grande partie par les communes, poussent comme des champignons, aussi vite que galope le nombre d’enfants qui étudient. Ils sont construits sans contrôle, certains sur l'initiative des habitants d'une cité qui veut promouvoir l’enseignement. A leur création pendant les années 1990, le gouvernement en prévoyait un par commune, mais aujourd’hui, il y en a parfois 3 ou plus.

Mauvaises conditions de travail
En outre, construire des bâtiments ne suffit pas à faire fonctionner ces Co.co : généralement rien n'est prévu pour cela. "Je travaille dans des conditions tellement alarmantes ! On manque même des éléments de base, surtout des livres. Il m’arrive de douter de ce que j’enseigne sans un livre", déclare Éliane, enseignante dans un collège communal situé à plus de 20 km de Kayanza. En réalité, ces écoles, chaque jour plus nombreuses, se heurtent à toute une série de problèmes dont un manque cruel de matériel didactique et en particulier les livres du maître pour les enseignants. Les enseignants salariés du gouvernement doivent alors être sportifs pour circuler ici et là dans les anciens lycées ou chez les amis à la recherche de ces livres. Ils s'adressent parfois aux professeurs d’autres écoles qui leur donnent des notes pour leurs cours.
Ces enseignants sont insuffisants, tantôt en nombre, tantôt en qualité. Certains n'ont terminé que les humanités ; d'autres sont contraints d'enseigner des matières qu'ils ne connaissent pas. Ainsi, Nimbona, formé pour enseigner l'anglais, enseigne également la géographie et l’histoire.
Les écoles sont parfois implantées dans des lieux impraticables et inaccessibles pour les enseignants et les enseignés : localités sans électricité, sans maison où loger le professeur, sans eau... Des enseignants de certains Co.co, dont le salaire ne paie pas les déplacements, doivent parcourir de longues distances à pied (parfois 30 km) pour s'y rendre. Ils arrivent au collège fatigués, sans énergie et sans courage.
À côté de ces mauvaises conditions de travail, la faiblesse de certains élèves qui arrivent au secondaire est un autre problème. Même ceux qui n'ont eu que 30 à 40 % au concours national y entrent. Le primaire étant gratuit, les élèves sont de plus en plus nombreux et il faut remplir tous ces collèges…
Le bas niveau et la mauvaise qualité de formation risquent d’avoir des répercussions pour l'avenir. Tous ceux qui n’arrivent pas à terminer les humanités générales pour aller à l’université changent de sections, adoptant souvent celles qui mènent à l’enseignement au primaire. Les plus faibles vont donc former les enfants dès leur jeune âge. Et le niveau scolaire risque donc de baisser encore un peu plus.

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