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par Jacques Kikuni Kokonyange
RD Congo (Syfia Grands Lacs/Rd Congo) Les coiffeurs ont la cote auprès des femmes à Beni au nord-est de la RD Congo. Ils sont de plus en plus nombreux à coiffer ces dames qui les préfèrent aux coiffeuses, accusées de commérages et de pratiques fétichistes....
Sur la rue Ruwenzori au centre-ville de Beni (nord de Goma), le salon de coiffure Le Jourdain distille de la musique à l’aide des gros baffles installés devant ses portes. Les clients affluent au salon en cet après-midi de week-end de septembre. A l’entrée, Sylvestre Katembo, le gérant, les enregistre avant de les installer. Omar Bukando, un des coiffeurs, veille à la température de la demi-dizaine de têtes de femmes enveloppées sous des casques de séchage de cheveux. "Pour moi, mettez la plante Shakira. J’adore", réclame Bibi Masika venue se faire belle, pointant du doigt le modèle accroché au mur. Au quartier Mabakanga, au nord-est de la ville, deux autres salons s’imposent sur la rue dit Le troc. Quatre garçons sont spécialisés dans la tresse des cheveux des femmes. "Etre coiffeur, c’est déjà savoir s’adapter au client, à la nouvelle mode de coiffure qui attire le plus possible. C’est pourquoi nous suivons les séries télévisées de TV5 ainsi que différents défilés de mode pour être toujours au top", explique Vicky Katembo, un des coiffeurs de renom de la ville. Histoires de rivales Ces dernières années, les salons de coiffure prolifèrent à Beni. La plupart sont tenus par des hommes et ont pour principale clientèle des femmes. Tentative d’explication d’Adolphe Issa Mapasa, un perruquier : "Il y a deux ans, raconte-t-il, trois maisons de beauté ont été fermées par les autorités au motif que les coiffeuses qui y travaillaient prélevaient des restes de cheveux des femmes pour les vendre à leurs rivales qui les apportaient aux féticheurs." Selon Issa, dans cette région comme un peu partout ailleurs au Congo où les croyances aux fétiches sont très répandues, les coiffeurs s’opposent généralement à ce type de sollicitations des femmes qui veulent faire du mal à leurs rivales. Autre raison qui fait monter la cote des coiffeurs chez les femmes, c’est leur attitude pendant le travail. "Les garçons se ne mêlent pas des causeries des femmes lorsqu’elles sont au salon", explique Issa. C’est comme moi, je m’efforce de ne pas prêter attention aux commérages des dames qui viennent se refaire une beauté". Les témoignages sur les pratiques fétichistes dans des salons de coiffure sont courants à Beni. "Deuxième bureau" (maîtresse, ndlr) d’un commissionnaire en douane, L.B. dit avoir failli perdre sa chevelure dans un salon du centre-ville en mars dernier. "Une jeune coiffeuse a sciemment mélangé de faux produits chimiques dans le but de brûler mes cheveux. Elle a avoué à la police avoir obtenu ces produits de ma rivale pour me causer du tort". Depuis cet incident elle ne confie les soins de ses cheveux qu’aux hommes. Comme aussi Monique Matata, qui s’est faite raser complètement la tête après qu’une coiffeuse a brûlé une bonne partie de sa chevelure, après un mauvais défrisage qu’elle a trouvé suspect… Bon pour réinsérer les jeunes Dopés par la présence d’une clientèle féminine nombreuse et fidèle, de plus en plus de garçons se sont ainsi lancés dans la coiffure dame. Selon Maximin Mwana Isengeta, responsable de la Culture et Art à Beni, "96 salons sont enregistrés à ce jour et la plupart n’embauchent que des garçons". Parmi eux on compte de jeunes soldats démobilisés. Ancien lieutenant dans un groupe armé, Machozi Kasereka est aujourd’hui fier de son petit boulot au salon Les Amours, à la périphérie de Beni. "Quand je quittais l’armée, j’avais peur de ne pas m’en sortir, dit-il car j’étais habitué au rançonnement. Mais aujourd’hui je suis bien adapté à ma nouvelle profession qui répond bien à mes besoins." Chef de service de la jeunesse, Sindani Manghala, encourage, elle, "les petits délinquants qui courent les rues de Beni à escroquer les paysans", à apprendre un tel métier afin d’éviter "cette sale vie".
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