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19-11-2009                       >lire les commentaires     >faire un commentaire
par Dina Eseka

RD Congo
Katanga : le marché des œuvres d’art étouffé par les minings

(Syfia Grands Lacs/Rd Congo) Depuis que les creuseurs artisanaux ont été chassés de mines du Katanga, cédées à de grosses entreprises, les fabricants d’œuvres d’art en bronze, cuivre ou malachite peinent à trouver la matière première. Les prix montent, les objets se font rares et des artisans changent de métier.

Un petit tour au marché d’œuvres d’art de la poste, au centre-ville de Lubumbashi ou à celui de Kalukuluku, dans la commune excentrée de la Ruashi, suffit pour s’en rendre compte. Les tables de ces marchés qui étaient hier bondées de statuettes en cuivre ou en bronze, de boucles d’oreilles, bagues et chaînettes en malachite sont aujourd’hui de plus en plus vides. Depuis que de grosses entreprises minières privées, les fameux minings, se sont emparé durant les trois dernières années, des concessions jusque-là encore ouvertes à l’exploitation artisanale, la crise a durement frappé ce secteur qui faisait vivre de nombreux artisans locaux. "L’Etat nous a pénalisé en vendant toutes les carrières qui nous approvisionnaient en matière première", regrette Erick Tshibo, un artisan.
Les creuseurs qui les fournissaient n’ont, en effet, plus un accès facile aux sites miniers. Ils en sont chassés systématiquement par les industriels. Dès lors sur le marché, malachite, concentré de cuivre ou de bronze utiles à la fabrique d’œuvres d’art sont devenus rares et chers. Les artisans doivent souvent redoubler d’efforts en allant parfois eux-mêmes dans les carrières pour s’en procurer ou négocier avec de petits fournisseurs clandestins, qui travaillent dans des entreprises ayant pris possession des concessions minières. Comme ce conducteur de véhicule de transport de minerais, qui avoue sous anonymat "profiter de cette occasion pour trier de la malachite de bonne qualité et du concentré de bronze", qu’il revend aux ateliers.

Matière première rare et chère
Chef de l’atelier Uhuru à la Ruashi, Daniel Ilunga se souvient du bon vieux temps de la Gécamines, l’entreprise publique en déliquescence qui a cédé aujourd’hui une grande partie de ses concessions aux exploitants privées qui récemment ont pris pied au Katanga. "Elle avait des comptoirs où l’on achetait facilement et à bon prix la matière première", regrette-t-il. Les creuseurs artisanaux ayant eux aussi perdu du terrain, les artistes ont beaucoup de mal à exercer leur métier. "Avant cette crise, je fabriquais et vendais des œuvres de 20 kg par semaine. Aujourd’hui je suis incapable de trouver 10 kg de matière", se plaint Gérard Mwamba, un autre chef d’atelier qui se déplace parfois jusqu’à 45 km de Lubumbashi pour en trouver.
Cette rareté a bien entendu entraîné la surenchère des prix. "Dans le temps nous achetions un kilo de bronze à 500 Fc (1 dollar).Il faut à présent 2,5 $ (2250 Fc) pour la même quantité", compare Daniel. Sur le marché, les prix des œuvres d’art ont aussi connu une folle envolée. Une œuvre travaillée en bronze est par exemple passée de 6000 (6,6 $) à 20 000 Fc (22 $), un bijou en malachite vaut quatre fois plus cher… Des prix qui n’étaient déjà pas accessibles à tous, exceptés les touristes et les étrangers travaillant au Katanga, principaux acheteurs de ces précieux objets de décoration.
Aux marchés de la poste ou de Kalukuluku, le cœur des marchands d’art n’est désormais plus à l’ouvrage. "Nos recettes journalières ne nous permettent plus de payer les taxes et certains parmi nous abandonnent le métier", témoigne Laurent Tande, un vendeur très inquiet de la crise qui leur fait perdre la clientèle.

Lobbying auprès des autorités
Pour sauver la profession, artisans, marchands et creuseurs tentent de se regrouper pour faire du lobbying et obtenir des autorités, l’exploitation artisanale de certaines concessions minières. Ils introduisent des demandes auprès des cabinets politiques, font passer des communiqués et lancent des cris d’alarme dans les médias pour se faire entendre. Ceux qui se sont laissés vite décourager ont déjà quitté le métier. Ils se sont reconvertis dans des activités rentables comme le petit commerce ou l’agriculture, longtemps négligée au Katanga à cause justement de la politique de développement du pays, trop axée sur le secteur des mines.

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