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19-11-2009                       >lire les commentaires     >faire un commentaire
par Jean-Marcel Mukendi

RD Congo
Kasaï oriental : les conflits coutumiers attisés par les politiques

(Syfia Grands Lacs/RD Congo) Dans la province du Kasaï-Oriental, au centre de la RD Congo, les conflits pour la conquête du pouvoir local sont monnaie courante, souvent provoqués par les hommes politiques et par les problèmes fonciers.

Cinquante cinq cases brûlées, un policier sérieusement tabassé et admis à l'hôpital, une pharmacie pillée et de nombreux autres dégâts matériels : tel est le bilan du conflit coutumier des 17 et 18 octobre, dans le village de Bakwa Lukusa, à 30 km à l'est de Mbuji-Mayi, au centre de la RD Congo. En cause, la course au pouvoir entre deux chefs, Ntambua et Mukendi. Le premier était le chef de Bakwa Lakusa jusqu’à ce que le commissaire du district de Tshilenge désigne Mukendi comme successeur. Ntambua, mécontent, s'est rebellé.
Ces conflits sont courants entre villages, groupements et clans de la province du Kasaï-Oriental. Selon Jean-Paul Ntambua, conseiller du ministre provincial de l'Intérieur, chargé de la politique des affaires coutumières, "en trois ans, 350 conflits ont été recensés. Avec, pour origine, le non respect des us et coutumes. C'est-à-dire que ceux qui ne sont pas de la lignée du pouvoir s'imposent pour y accéder en violant la procédure". Les ancêtres avaient prévu les mécanismes d'accès au pouvoir coutumier : "Au Kasaï-Oriental, cet accès est soit héréditaire soit rotatif, explique le conseiller. Dans le premier cas, lorsque celui qui est au pouvoir meurt, c’est son fils ou son frère qui doit le remplacer. Dans le second cas, la fonction se transmet de clan en clan. Ceux qui veulent succéder à l’ancien chef s’adonnent à une sorte de compétition. Ils font des dons à celui qui est encore en place. Ils offrent des femmes, de l'argent, des animaux, des objets... Le clan qui offre le plus l’emporte.".

Les causes des conflits
Des hommes politiques sont considérés comme responsables de ces rivalités. "Les politiciens, députés, ministres... préfèrent avoir la mainmise sur les autorités coutumières. Ainsi, ils imposent leurs candidats à la succession même s'ils ne sont pas de la lignée du pouvoir", affirme encore Jean-Paul Ntambua. Cette assertion est soutenue par Jean Kabemba, historien : "Avec leur argent et leur pouvoir, ils ravissent des portions de terres et des biens aux villages voisins dans le but de les anéantir."
"La répartition des terres arables et des carrières de diamant suscite aussi des conflits dans différents villages", constate également le conseiller. D’autres conflits opposent les populations du Kasaï-Oriental aux provinces voisines : Kasaï-Occidental et Katanga. Les populations de ces provinces s'entretuent, se blessent, se déportent mutuellement. Une forte crise s'est installée entre les autorités des deux Kasaï qui se disputent une portion de terre dans le territoire de Kabeya Kamuanga, situé dans le Kasaï-Oriental. En septembre, sur Radio Okapi, le ministre provincial de l'Intérieur a évoqué ainsi le conflit qui a opposé la population du Kaningitshil, au Kasaï-Oriental, à celle de Muangdjodu, au Katanga : "Ces deux villages voisins se sont affrontés à propos de la répartition des champs. Il y a eu des blessés, des gens déportés de part et d'autre, qui furent relâchés grâce à l’intervention des autorités. Une rencontre entre les gouverneurs de province est envisagée pour mettre fin à ce genre de pratiques."

"La commission n’est jamais venue"
Pour gérer ces problèmes, l'autorité provinciale du Kasaï-Oriental a mis sur pied une commission d'arbitrage composée d’agents du gouvernement provincial. Mais son efficacité est contestée. "La commission ne s'est jamais rendue dans nos entités. Nous attendons toujours son arrivée", confie Médard Kashala Munganga, administrateur de territoire adjoint de Kabeya Kamuanga. "La commission existe. Elle fonctionne depuis novembre 2008 et a déjà statué sur 17 dossiers de conflits coutumiers, rétorque J.-P. Ntambua. Mais à cause de contraintes budgétaires, elle ne sait pas se déplacer. Confrontée à des problèmes de transport, à la prime à allouer aux membres, etc., elle est parfois obligée de statuer sur place à Mbuji-Mayi". Loin des problèmes…

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