|
A l'avenir... Syfia Grands Lacs s'étend et se diversifie. D'autres projets s'y sont rattachés. Celui de Mongongo, le journal-école de Kisangani qui permet aux jeunes sortant de l'université d'avoir une formation pratique et est le seul journal régulier de la ville. Celui du suivi des processus électoraux au Rwanda dans le respect des règles professionnelles. La production d'articles et de dossiers, montrant les réalités quotidiennes des trois pays des Grands Lacs, se poursuit . Deux journaux sont publiés, l'un en RD Congo et l'autre au Burundi. |
Tous les articles > Article 1590
par Passy Mubalama
RD Congo (Syfia Grands Lacs/RD Congo) Les déplacés du Nord-Kivu, à l’est de la RD Congo, cultivent les champs des autochtones qui les payent mal. Mais ce travail est nécessaire pour subvenir à leurs besoins, mal couverts, selon eux, par l'aide alimentaire.
Leur houe sur l’épaule, ils se mettent en route dès cinq heures du matin, en cette fin d'octobre. Parcourant de grandes distances à la recherche de travaux agricoles à faire, ces hommes vivent dans les camps de déplacés installés à une dizaine de kilomètres de Goma, au Nord-Kivu. Ils sont originaires des villages des territoires de Masisi et de Rutshuru, selon Solange Nyamulisa, chargée de l’information au Haut-commissariat des Nations unies pour les réfugiés. Ces déplacements ont eu lieu à la suite des affrontements, il y a un an, entre l’armée gouvernementale, les forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) et le Congrès national pour la défense du peuple (CNDP), mais aussi des opérations conjointes RDC-Rwanda contre les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) en février 2009. Plus récemment, l’opération Kimia II, menée entre mars et août par les FARDC, a multiplié le nombre de déplacés. "Chaque jour, nous sommes obligés de cultiver une étendue de terre appelée ici 'présent' soit 20 mètres sur 5, pour pouvoir bénéficier d’un paiement allant de 700 à 1000 Fc (environ 1 $) ou simplement d’un paiement en nature : haricots, pommes de terre, patates douces … pour assurer la survie de nos ménages", témoigne Jean-Marie Rukunzinza, un déplacé du camp Mugunga III, père de huit enfants qu’il nourrit comme il peut grâce à ces travaux. Au bon vouloir des autochtones L’arrivée des premiers déplacés dans les camps a marqué le début de ces pratiques. Aujourd’hui, l’offre de travail est largement supérieure à la demande, ce qui permet aux employeurs de fixer eux-mêmes les salaires, sans que les déplacés aient leur mot à dire. "Nous leur proposons un salaire selon notre gré, car il n’existe pas de prix fixe pour ce travail et ils sont trop nombreux sur le marché", se félicite une femme autochtone qui a requis l’anonymat. "La présence massive de ces déplacés nous profite énormément, car autrefois on dépensait beaucoup d’argent pour faire cultiver un champ", avoue une autre femme. Pour arriver au bout de leur "présent" et être payés, les déplacés s’entraident. "Parfois, nous sommes obligés de conjuguer nos efforts pour pouvoir terminer cette étendue de terre en peu de temps, comme nous le demandent les autochtones", témoigne Rutabulingoga, un déplacé. "J´avais du mal à terminer moi-même cette superficie et à bénéficier d´une quelconque rémunération en fin de journée, car la convention est telle que le paiement ne se fait que lorsqu’on a fini toute la surface, déclare Bukeye, qui se dit très satisfait de l’entraide entre déplacés. En travaillant à plusieurs, nous parvenons à cultiver trois à quatre présents par jour, ce qui nous réjouit tous." Une aide alimentaire insuffisante ? Les travaux agricoles réalisés par les déplacés complètent l’aide alimentaire jugée insuffisante. "Plus ou moins 80 % des déplacés ont le travail journalier agricole comme source de revenus. Celui-ci représente 80 % des revenus totaux des ménages. L’aide alimentaire, insuffisante, ne couvre que 20% de nos besoins", témoigne Ndagige Bizimungu, un déplacé du camp de Karima, dans le territoire de Rutshuru. Djaounsende Pardon Madjiangar, agent du Programme alimentaire mondial (PAM) du Nord-Kivu, conteste cette information. Selon lui, les déplacés reçoivent une fois par mois une ration de nourriture qui représente 2 100 kilocalories par jour et par personne et permet donc qu'ils soient nourris convenablement. Le PAM assiste tous les déplacés sans exception et les quelque 60 000 personnes qui sont retournées dans leurs villages. Sur les quelque 250 000 déplacés répertoriés dans le Nord-Kivu, plus de 64 000 ont regagné leurs villages. Mais certains hésitent: "Je préfère encore continuer à travailler ici pour les autochtones que de rentrer dans mon village où je n´ai pas cultivé ni vécu depuis longtemps, explique Nsababera, un déplacé de Mugunga III. Je ne peux pas renoncer à ce revenu, si minime soit-il, au profit d’un autre encore incertain dans mon village où je ne suis pas sûr que la sécurité soit rétablie." ![]() version imprimable |
Burundi
RD Congo
Rwanda
|