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A l'avenir... Syfia Grands Lacs s'étend et se diversifie. D'autres projets s'y sont rattachés. Celui de Mongongo, le journal-école de Kisangani qui permet aux jeunes sortant de l'université d'avoir une formation pratique et est le seul journal régulier de la ville. Celui du suivi des processus électoraux au Rwanda dans le respect des règles professionnelles. La production d'articles et de dossiers, montrant les réalités quotidiennes des trois pays des Grands Lacs, se poursuit . Deux journaux sont publiés, l'un en RD Congo et l'autre au Burundi. |
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par Baudry Aluma, Eric Nshemerimana
RD Congo, Burundi (Syfia Grands Lacs/Burundi) Depuis deux ans, les paysans des environs de Ngozi, au nord du Burundi, viennent ramasser les déchets des citadins pour fumer leurs champs ou nourrir leurs bêtes. À la grande satisfaction des habitants débarrassés gratuitement des ordures qui salissaient la ville.
Pas d'herbes pour fabriquer du compost puisqu'il n'y a plus de terres en jachère, pas ou très peu de fumier car, depuis la guerre, les gens n'ont plus de bétail : les agriculteurs de la province de Ngozi, au nord du Burundi, n'ont rien pour fertiliser leurs champs surexploités. Les engrais chimiques dont le prix oscille depuis trois ans entre 2 et 2,5 $ le kg, lorsqu’on en trouve, sont inabordables pour la plupart d'entre eux. Aujourd'hui c'est la ville qui vient à leur secours. Depuis environ deux ans, les producteurs y récupèrent les déchets jusqu'alors jetés : épluchures de bananes et de pommes de terre, restes de canne à sucre et de légumes nourrissent les vaches, chèvres, moutons ou permettent de fabriquer du compost. Les éleveurs de porcs cherchent eux les résidus des restaurants. . Le phénomène a pris de l'ampleur puisque la plupart des foyers ont désormais des sacs de collecte que les paysans passent prendre régulièrement, surtout ceux qui sont proches de la ville. Bernard Nyandui habite à 8 km de Ngozi. Il y vient au moins trois fois par semaine, avec son vélo, récolter des ordures pour faire son compost. Quant à ceux qui ont de la chance d’avoir des propriétés plus vastes et qui habitent plus loin, ils payent les véhicules pour transporter cette matière fertilisante presque gratuite. Les déchets humains ne sont pas laissés de côté. Lorsque les fosses sont pleines, les agriculteurs y versent du sable tamisé qui permet de récupérer au bout d'un an seulement les matières fécales sèches utilisables pour la fumure. Les lieux les plus visés sont les restaurants et les parcelles abritant de nombreux locataires. Parcelles et ville propres Les citadins aussi sont satisfaits. "Avec les gens qui viennent prendre des immondices de ma parcelle, je ne me soucie plus de la place où les mettre, ni de l’ouvrier pour aller les jeter", se félicite Nadia, gérante du restaurant Bismilah du quartier Shikiro à Ngozi, contente de la propreté qui règne tout le temps dans sa parcelle et qui n'a plus à payer 20 000Fbu (20$)/ mois l'ouvrier qui s'occupait des ordures. De même, Zainabu, cheftaine du quartier Kigarama, quartier autrefois sale, affirme qu'il est désormais propre. Les petites montagnes d’immondices que l’on trouvait ici et là dans ce quartier n’y sont plus. Les agriculteurs et éleveurs y gagnent. Macumi plus haut cité devait acheter du compost à 50 000 Fbu (50 $) la benne, plus environ 30 $ pour le transport. Désormais, il ne paye que le transport et la main d'œuvre. Quant à ceux qui parviennent à élever des bêtes, ils ne donnent que de petits pourboires aux ouvriers qui leur collectent les déchets. Gervais affirme ainsi qu'il n'a plus besoin d'acheter de l'herbe à près de 5000 Fbu (5$) par jour pour nourrir ses deux vaches. En outre, les récoltes sont plus abondantes ce qui se répercute sur les prix de vente en ville. Depuis deux ans, les prix de certaines denrées alimentaires sont stables. Le prix du haricot est resté à 500 Fbu (0,5$)/kg et ne double pas en période de soudure. Ce n'est que la pénurie en Ouganda qui fait monter les prix depuis près de 5 mois. La pomme de terre qui grimpait jusqu’à 400 Fbu (0,4 $) y arrive désormais rarement et les légumes ne manquent plus même pendant la saison sèche. Seul problème de cette entraide ville-campagne profitable à tous, les risques de pollution de l’environnement car les ordures sont très mélangées. On y trouve des sachets qui empêchent la bonne infiltration de l’eau dans la terre, des huiles d'automobiles qui bloquent l'aération du sol et nuisent aux micro-organismes et certains papiers et cartons imprégnés de produits chimiques. ENCADRE Bukavu Les porcs nourris au restaurant (Syfia Grands Lacs/RD Congo) L'élevage de porcs, dont la viande est très appréciée, est en vogue à Bukavu. Les nourrir est parfois difficile. C'est pourquoi les éleveurs font le tour des restaurants de la ville et ramassent les restes des aliments : épluchures de bananes et de patates douces, os de viande, arêtes de poissons, feuilles de manioc, restes de légumes comme les choux, les amarantes, miches de pain…De même la drèche, résidus de la fabrication de la bière, autrefois jetée dans le lac Kivu. Tout est bon pour les cochons. Vu le nombre croissant de demandeurs, les restaurateurs commencent à monnayer ces déchets. "Vous ne pouvez plus prétendre avoir les restes d’une fête dans les grands hôtels de la ville", témoigne un éleveur. Si le propriétaire du restaurant lui-même n’a pas ses porcheries, il collectionne tous les restes de cocktail qui sont vendus. Certains éleveurs engagent des gens pour aller chercher ces déchets dans des restaurants de fortune de la ville. Ces collectes d'ordures aident, en outre, à assainir cette ville de 600 mille habitants qui ne dispose d’aucune décharge d'ordures, ce qui pousse les gens à jeter les immondices n'importe où. "Cet engouement généralisé pour l’élevage des porcs a permis quelque peu aux Bukaviens de subvenir aux besoins alimentaires primaires", constate aussi Jean Kika qui revient de Kisangani. Pour Ghislain Migabo Bringanine, un vétérinaire qui a un élevage, cette activité est "très rentable dans la mesure où ce sont des animaux qui se reproduisent beaucoup (entre 3 et 8 petits par an), grandissent très rapidement et se vendent bien, donc on y gagne à tous les coups". Pour lui, elle "n'est en rien dégradante". Baudry Aluma ![]() version imprimable |
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