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10-12-2009                       >lire les commentaires     >faire un commentaire
par Evariste Mahamba

RD Congo
Nord Kivu : les mutuelles souffrent de la gratuité des soins des Ong

(Syfia Grands Lacs/RD Congo) À Rutshuru, à l'est de la RDC, la gratuité des soins dispensés par des Ong internationales met en péril les mutuelles de santé, en plein développement avant les conflits. Certains s'inquiètent de l'avenir, quand l'aide s'arrêtera.

Depuis la fin des hostilités à Rutshuru, début 2009, les mutuelles de santé fonctionnent au ralenti. Les affiliés ne se bousculent plus, ni pour se mettre en ordre de leur cotisation, ni pour se faire rembourser des prestations. Certains se sont même désaffiliés. La raison en est qu’ils ont de moins en moins besoin des services de la mutuelle de santé, car ils bénéficient gratuitement des soins octroyés par différentes Ong actives sur le terrain depuis 2007. "Je ne vois plus l’intérêt de payer la cotisation, alors qu’avec l’Ong Médecins sans frontières, les consultations médicales et les médicaments sont gratuits. Mieux encore : une fois guéris, nous rentrons chez nous avec des vivres", témoigne madame Adileda, ancienne adhérente de la Mutuelle de santé de Rutshuru Musaru, qui ajoute qu'elle ne s’y affiliera plus, même si la mutuelle reprend ses activités normales.
Cette gratuité est bien accueillie par ceux qui éprouvent des difficultés à payer les soins. Ainsi, M. Katé, qui est toujours membre de la Musaru a "du mal actuellement à supporter le coût de la cotisation" d'autant plus que son champ n’a rien produit pour cette saison culturale. Selon M. Kasongo, président de cette mutuelle de santé qui comptait plus de cent membres avant la guerre de fin 2008, "les populations vivent principalement des produits des champs, mais à cause de la guerre et de la sécheresse qui sévit dans la région, il n'y a plus beaucoup de sources de revenus. La présence de factions armées encore présentes dans la zone renforce les difficultés d'accès aux soins de santé".

Des solutions à court terme
Bien que bénéfique à court terme pour les populations, la gratuité des soins n'est pas bien accueillie par certains qui raisonnent à plus long terme et nourrissent des inquiétudes quant au développement des mutuelles de santé dans le territoire. Car un jour, les organisations humanitaires s’en iront. Madame Alfajir, membre d'une mutuelle de santé, s’inquiète : "Ces organisations interviennent dans l'urgence et n'ont donc pas le temps de mettre en place des structures permettant aux populations de se prendre en charge. Ces interventions seraient plus bénéfiques si elles étaient inscrites dans la durée, comme c'est le cas dans d'autres secteurs du développement tels que l'agriculture".
La gratuité des soins affecte aussi le travail des agents de santé. Selon l’un d’eux rencontré au centre de santé, il y a une surcharge de travail car les habitants font appel au service même quand ils ne sont pas vraiment malades. Une infirmière se désole de cette situation : "Comme les soins sont gratuits, tout le monde veut en profiter, même ceux qui ne sont pas malades. C’est une situation difficile à gérer et qui nous met beaucoup de pression".
Pour justifier cette intervention des Ong, un volontaire d’une d’entre elles explique qu’en situation de guerre, soigner gratuitement les gens constitue le seul moyen pour intervenir auprès des populations en détresse. Ce que la plupart admettent. Mais l’urgence ne dure pas.

Soutenir les mutuelles
D’ailleurs, certaines Ong reconnaissent le problème et soulignent l'importance des mutuelles. Se disant même prêtes à soutenir la mise en place de structures durables d’accès aux soins. C’est le cas notamment d’International Rescue Comity. Au début de l’année prochaine, un mécanisme de participation sera mis en place avec un tarif réduit pour permettre aux personnes à bas revenus de pouvoir payer leur adhésion et de bénéficier de soins médicaux. C’est là une manière de relancer les activités des mutuelles de santé en perte de vitesse, selon un agent d'une Ong qui souhaite garder l'anonymat.
Les efforts réalisés depuis plusieurs années pour convaincre la population de l’intérêt d’affronter solidairement le coût de la santé en partageant les risques pourraient ainsi résister, au moins partiellement, à la menace de l’aide temporairement gratuite. À la grande satisfaction de ceux qui sont encore convaincus de l'importance d'une telle initiative. À Kiwanja, près de Rutshuru, l'idée d'une mutuelle de santé a pris forme en 2006 au centre de santé de Mapendo, suite à une sensibilisation au sein des églises, avant d'atteindre l'ensemble de la population. Avec une cotisation d'adhésion de 11$ par famille, les deux parents et jusqu'à quatre enfants âgés de moins 18 ans bénéficient de la gratuité des soins de santé. Comme Micheline Kavuo, membre de la Musaru qui témoigne: "mon enfant est tombé malade et il fallait une intervention chirurgicale. C'est la mutuelle qui a pris en charge son transfert à l'hôpital et payé 70$ pour son admission. Une somme que je n'avais pas". D'autres bénéficiaires se disent satisfaits, comme la famille Mulayo de Kiwanja qui, depuis son adhésion, n'éprouve plus de difficultés pour se faire soigner.

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