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par Sr Julienne Elameji
RD Congo (Syfia Grands Lacs/RD Congo) Au Kasaï occidental, au centre de la RD Congo, les enfants dits "spéciaux", contraints par les traditions à respecter une série d'interdits, ont désormais les mêmes droits que les autres, surtout en ville. Leurs mères se libèrent peu à peu des coutumes dont elles étaient prisonnières.
Depuis une dizaine d’années, au Kasaï occidental, province située au cœur de la RD Congo, les cérémonies coutumières sur les enfants dits "spéciaux" se font plus rares et les mamans sont libérées de ces traditions qui pesaient sur elles. On considérait comme "spéciaux" les bébés nés lors d'accouchements difficiles ou après une grossesse difficile. Les différentes catégories d’enfants "spéciaux" portent même des noms particuliers qui s’appliquent encore aujourd’hui : Nkongolo (dont la mère a trop saigné des heures avant sa naissance), Mujinga (né avec le cordon ombilical autour du cou), Mbuyi et Kanku (les jumeaux). Enfin, dans les familles qui avaient déjà trois fils ou trois filles, le quatrième enfant, s’il est de sexe différent est considéré comme spécial. Si c’est une fille, elle est qualifiée de Ngalula. Si c’est un garçon, on le nomme Ngalamulume. La naissance de ces enfants est célébrée parce qu’elle "rompt la monotonie". Pour les cas qui dépassaient leur entendement, les ancêtres, par manque de connaissances médicales, croyaient aux mauvais sorts ou aux miracles. Selon les coutumes, les mères se voyaient imposer une série d’interdits et devaient organiser des cérémonies pour protéger leurs enfants soumis aussi à des interdits. Mais la situation change. Interdits avilissants Kapinga Wivine est la 2e épouse de Kalonga Augustin, sentinelle d’un commerçant de la ville, elle raconte : "J’ai mis au monde des jumeaux. Jusqu’à ce jour, aucune cérémonie n’a été faite. À part la prière. Et mes enfants se portent bien. Alors que ma coépouse qui a eu des jumelles avant moi, par respect des coutumes, continue à récolter de l’argent pour nourrir les gens qui viendront au village pour exorciser ses filles". Les enfants "spéciaux" portent la plupart du temps des cordelettes aux hanches et ont une longue chevelure touffue, généralement sale. Le Dr Jean Marie de l’hôpital neuropsychiatrique de Katuambi dénonce le joug de ces coutumes : "Celles-ci conduisent beaucoup de jeunes gens à la folie en encourageant à outrance la croyance en des exorcismes douteux. Surtout lorsqu’ils ne peuvent avoir lieu, faute de moyens. Les cérémonies obligent à certaines dépenses parfois lourdes et sans fondement. Et les interdits sont avilissants : comme le fait de ne pas pouvoir couper les cheveux de nos enfants comme bon nous semble et de devoir avoir l’accord de la famille." En donnant du crédit à ces croyances, les parents pensent que leurs enfants sont réellement spéciaux alors qu’ils ne le sont pas plus que d’autres : "Psychologiquement, ces enfants et leurs mères sont soumis aux lois de l’imaginaire plutôt qu’à ce qu’ils doivent être réellement : libres et sans barrières, poursuit le psychiatre. Il y en a qui perdent la tête à cause de certaines croyances vides de sens." Au village, ceux qui respectent les coutumes vivent prisonniers dans leurs propres maisons. Ils obéissent aveuglément à la tradition. L’hygiène pour eux ne compte pas alors que la chevelure de leurs enfants n’attend plus que des ciseaux. Fin des sacrifices "Chez nous les Bakonko, [peuple du Bas-Congo, province à l'ouest du pays, Ndlr], ces pratiques n’existent pas", confie Isidore Makwala à son collègue Kabasele, tous deux professeurs à l’Institut Muludiki de Katoka, l’une de cinq communes de la ville de Kananga. Si, dans les villages, les traditions ont la vie dure et que certaines familles y croient encore, en ville, tous les enfants bénéficient désormais des mêmes droits. "À chaque apparition de la lune, plus question de danser ou d’immoler poule ou chèvre afin d’offrir des sacrifices aux ancêtres. Ces mentalités sont déjà révolues pour beaucoup et n’ont plus d’impact sur lesdits enfants comme le prétendent certains", affirme Lukadi Kawetu, psychopédagogue et chef des travaux à l’Institut supérieur des techniques médicales de Kananga. "Les cérémonies de derrière les cases comme immoler la chèvre ou la poule, verser le sang par terre en évoquant les ancêtres, jeter le poussin dans la forêt en signe de reconnaissance de leur protection… n’existent plus", explique une maman catholique, marraine d’une enfant baptisée, au sortir de la messe à la paroisse Saint-Laurent. C’est en pleine assemblée eucharistique, que le prêtre prie et bénit les enfants ou les personnes concernées et les rend aux parents sous les acclamations des chrétiens. "La Bible, sermonne l’abbé Godefroid Kabasu aux chrétiens de Saint Clément, dit que 'celui qui croit en Jésus n’a pas besoin de faire d’autres sacrifices avec le sang des animaux comme le faisaient nos ancêtres avides de manger de la viande. Le sang qui sauve est celui de notre Seigneur Jésus-Christ. Il l’a fait une fois pour toutes'." ![]() version imprimable |
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