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par Silvère Hicuburundi
Burundi (Syfia Grands Lacs/Burundi) Fin novembre, le ministre burundais de l'Intérieur avait retiré son agrément au Forum pour le renforcement de la société civile (Forsc). Mais les fortes pressions des associations et de la communauté internationale, Union européenne en tête, ont fini par le faire revenir sur sa décision.
"J’ai décidé de suspendre la décision qui annule l’agrément du Forum pour le renforcement de la société civile (Forsc) et de tendre la main aux organisations de la société civile afin de privilégier le dialogue qui va conduire à un véritable compromis", a déclaré, le 4 décembre, Édouard Nduwimana, ministre burundais de l’Intérieur. Le ministre avait retiré son agrément le 23 novembre au Forsc, l'accusant de fédérer des associations aux objectifs différents. Mais de fortes pressions l'ont contraint à revenir sur sa décision. Ce revirement met du baume au cœur des leaders de la société civile burundaise et de certains partis politiques qui étaient tombés des nues en apprenant le retrait de l’enregistrement de ce vaste ensemble de près de 200 associations, agréé et opérationnel depuis 2006. Qui plus est, cette décision était tombée le jour même où politiciens, leaders de la société civile et représentants d’autres organismes internationaux étaient à Gitega (centre du pays) pour clôturer en grande pompe le projet "cadre de dialogue". Ce projet est financé à hauteur de 35 millions de dollars depuis 2007 par les Nations unies pour aider à la consolidation de la paix dans un pays en situation d'après conflit. "L’annulation brusque et absurde de l'agrément du Forsc est une preuve que, dans les faits, le gouvernement ne privilégie pas le dialogue", faisait remarquer un leader de l’opposition. Le Forum regroupe des syndicats, des enseignants, des défenseurs des droits de l’homme, des militants de la bonne gouvernance, des avocats, etc. "La loi autorise les organisations agréées à se mettre ensemble pour mieux défendre les intérêts de la population", explique Pacifique Nininahazwe, président du Forsc. Cette plate-forme renforce les plaidoyers lancés par la société civile dans de nombreux domaines. De la pression à la pirouette De l’avis de nombreux observateurs, le revirement du ministre de l’Intérieur est manifestement consécutif à la salve de protestations tous azimuts et surtout au plaidoyer mené par l’Union européenne pour rétablir Forsc dans ses droits. "Le contexte est difficile, mais le Forsc doit être réhabilité, car c’est avec une société civile et des Ong actives, un gouvernement responsable et équilibré et des partis politiques engagés que les choses vont bien marcher", déclarait Roland Van de Geer, représentant spécial de l’UE dans la région des Grands Lacs, au cours d’un point de presse organisé le 3 décembre à Bujumbura. Atterrées par la décision du gouvernement, les organisations de la société civile avaient aussi rapidement réagi pour faire pression sur le ministre. "La société civile se retire du comité tripartite (Nations unies, gouvernement, société civile, Ndlr) de pilotage des consultations nationales en cours sur les mécanismes de justice transitionnelle", indiquait, le 30 novembre, Joseph Ndayizeye, dont l’association des droits de l’homme Iteka est membre de Forsc. Les organisations ont aussi claqué la porte de tous les autres projets qu’elles co-pilotaient avec le gouvernement : cadre de dialogue, consolidation de la paix, etc. Les dessous de la sanction Les plus avisés avaient vu l’incident venir. Depuis plusieurs semaines, les relations entre le gouvernement et la société civile étaient grippées ; tant et si bien que le pouvoir assimilait certaines organisations aux partis politiques d’opposition. "Certaines associations ne font que de la politique alors qu’elles sont apolitiques par définition. Nous devons y mettre de l’ordre", menaçait déjà Édouard Nduwimana en juillet. Le 3 décembre, Akich Okola, expert indépendant des droits de l’homme au Burundi, déclarait lors de sa visite au Burundi, qu'il était impossible "de ne pas lier le retrait de l’enregistrement du Forsc à sa détermination dans la recherche de la vérité sur certains dossiers délicats notamment l’assassinat du vice-président de l’Olucome (association anticorruption, Ndlr)". La société civile est, en effet, toujours en première ligne pour alerter l’opinion sur les dérapages du pouvoir : malversations économiques, violation des droits de l’homme, etc. La goutte d’eau qui a fait déborder le vase est le discours du président du Forsc, Pacifique Nininahazwe, le 4 novembre, à l’occasion de l’enterrement de Salvator Sabiriho, un citoyen mortellement frappé par des policiers assurant la garde du gouverneur de Kayanza (90 km au nord de Bujumbura). "Si le président de la République ne suspend pas ce gouverneur qui ordonne à sa garde de tuer un innocent, nous le considérerons comme complice de tels dérapages", avait-il publiquement déclaré. Le lendemain, le ministre avait réuni les leaders d’associations pour leur faire part de son intention de sévir. ![]() version imprimable |
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