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RD Congo

29-07-2010

Sud-Kivu : la société civile unie sur le terrain des droits de l'Homme

(Syfia Grands Lacs/RD Congo) Au Sud-Kivu, diverses associations, persuadées qu’il n’y a pas de développement possible dans un climat politique et social malsain, appuient dans leur travail les défenseurs des droits de l'Homme. Les multiples stratégies d'action de ce front uni commencent à porter leurs fruits.

"C'est en défendant les droits humains que la société civile joue effectivement son rôle de contre-pouvoir", estime Jean Mwilarhe, du Collectif local des ONG de développement de Burhale, basé à Walungu, à 65 km au sud-ouest de Bukavu. Au Sud-Kivu, des associations de différents horizons analysent la situation socio-politique et mettent à nu les failles de gestion des autorités. "Nos déclarations influencent certaines décisions du gouvernement", assure Pablo Rwanza, coordonnateur de Vision plus pour le développement durable.
Les ONG sont régulièrement confrontées à des violations des droits humains sans pouvoir y remédier. Elles sont convaincues qu'il ne peut y avoir de développement sain dans un climat politique et social malsain. Elles ont ainsi intégré la défense des droits de l'Homme dans leurs programmes comme préalable au développement. Avec les associations de défense des droits de l'Homme qui leur ont ouvert leurs portes, elles analysent le contexte sociopolitique, signent des pétitions, formulent des recommandations aux autorités pour améliorer les conditions de vie de la population…"Nous avons dénoncé en coalition la pollution de l'environnement et du lac Kivu par les déchets industriels des usines Pharmakina et Bralima à Bukavu", rappelle Frédéric Mushagalusa, de la société civile de Kasha, avant de préciser que cette requête a été relayée par le ministre de l'Environnement.

"Contrepoids du pouvoir"
Résultat de ce travail en commun : aujourd’hui, "les défenseurs des droits de l'Homme sont craints par les autorités", estime Désiré Shamavu. "Les politiciens les craignent, car ils parlent librement aux autorités et ont la confiance de la population", confirme un politicien sous anonymat.
Une confiance du peuple dont certaines structures se montrent indignes. Pour Pablo Rwanza, plusieurs associations de développement "sont soit naïves, soit coincées par leurs textes, soit encore prises en otages par leurs dirigeants". Des membres de la société civile, par intérêt personnel, se rangent ainsi du côté du pouvoir et se taisent à jamais. "Certaines associations ne jouent plus leur rôle de contre-pouvoir et participent consciemment à la destruction du pays", regrette Yvette Mushigo, analyste de l'Observatoire gouvernance et paix.
Toutefois, globalement, "la société civile du Sud-Kivu joue le rôle de contrepoids du pouvoir", peut-on lire dans sa Charte. Pour se faire entendre, les associations empruntent différentes voies. À propos des viols perpétrés à Bunyakiri (100 km environ au nord-ouest de Bukavu) en mai 2010 par des éléments des Forces démocratiques pour la libération du Rwanda (FDLR), réfugiés à l’est du Congo après le génocide du Rwanda, la Commission diocésaine Justice et paix (archidiocèse de Bukavu) s'adressait en ces termes aux autorités politiques et militaires, dans un bulletin d'information : "Y a-t-il réellement chez le chef de nos autorités politico-administratives et surtout militaires une volonté, une option ferme, d'en finir avec ces atrocités qui endeuillent ces milieux depuis plus de 13 ans ?"

Féliciter les actions positives
En cas de violation flagrante des droits de l’Homme, "je téléphone directement au ministre concerné et à un des députés de la circonscription concernée. Le plus souvent, ils donnent leur point de vue ou conseillent de voir telle autorité. Des petites solutions sont parfois trouvées", révèle Vital Mutabunga, de Solidarité des familles pour le développement, une association qui a intégré la défense des droits des agriculteurs et des éleveurs dans ses activités. "Même s'ils ne nous répondent pas, nous adressons des courriers électroniques à des politiciens coupables de mauvais agissements", ajoute Pablo Rwanza. La société civile utilise également les audiences pour informer des autorités des mauvaises actions de politiciens et de gestionnaires de différents niveaux.
Mais, les ONG savent aussi se mettre en réseau pour communiquer leur satisfaction. Dans Droits de l'Homme au quotidien, une émission radiodiffusée du Réseau des associations des droits de l’Homme au Sud-Kivu, elles ont ainsi dernièrement "félicité le gouvernement provincial qui a commencé à éclairer les avenues secondaires de Bukavu".

Thaddée Hyawe-Hinyi