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RD Congo

15-07-2004

Kivu : à Minova, les mutins font régner la terreur

(Syfia - ILB) Depuis un mois et demi, la population de Minova non loin de Goma vit dans la terreur, harcelée par les hommes du Général Laurent Nkunda installé dans la région. Rackets et viols y sont devenus monnaie courante. La nuit, tout le monde se réfugie dans les collines.

La peur et une lassitude sans nom se lisent sur les visages des habitants de Minova, une cité de 3 mille âmes, à 50 Km au sud de Goma. Intrigué par cette angoisse généralisée, j'en demande la raison à Alphonse, un vendeur de cigarettes. En guise de réponse, il met un doigt en travers de ses lèvres pour m'indiquer de me taire. Quelques secondes plus tard, il explique : "Tu vois cet homme en complet jean mauve qui vient de passer derrière toi ? C'est l'un des hommes de Laurent Nkunda. Si tu l'examines bien, tu constateras qu'il porte en bandoulière dans le dos un fusil. Il faut faire très attention avec ces citoyens-là : ce sont des criminels sans foi ni loi".
Depuis l'arrivée mi-juin dans la région du Général mutin Laurent Nkunda et de ses 4 000 soldats, la terreur règne à Minova. Selon un activiste des droits de l'homme de cette cité, qui restera anonyme pour préserver sa sécurité, "les femmes et les filles n'osent plus aller aux champs ou puiser de l'eau par peur d'être violées, les hommes sont obligés de payer un dollar par mois et par personne adulte, 5 dollars par opérateur économique et 20 dollars mensuels pour les éleveurs et les exploitants miniers. Sinon c'est la bastonnade sur la place centrale ou le viol par plusieurs soldats, en plein air, de la fille ou même de la femme du récalcitrant qui refuse ou qui n'a pas les moyens de contribuer à ‘l'effort de guerre’. "
Cité désertée la nuit
Voilà pourquoi depuis un mois et demi que L. Nkunda a quitté Bukavu, les populations de Minova et des environs vivent dans une psychose permanente. Depuis lors, la cité mène un semblant de vie normale durant la journée. Mais dès la nuit tombée les ruelles et les maisons se vident. Les habitants vont dormir dans les villages des environs ou, pour la plupart, en plein air dans les collines alentour. Les pêcheurs eux passent la nuit avec leurs familles dans leurs barques de pêche, prêts à appareiller au moindre coup de feu et à se réfugier dans l'un des mille et un îlots du lac Kivu.
A Minova même, le dernier rapport de la Croix-Rouge locale parle de 34 tués et d'une cinquantaine de femmes et de filles violées, souvent collectivement, devant leurs maris, fiancés et frères. Selon la population, ces militaires taciturnes semblent leur en vouloir terriblement, car les Minoviens ont refusé en bloc de leur racheter les biens pillés à Bukavu. A.M., élève finaliste à l'Institut Mwanga commente : "Comment pouvons-nous logiquement acheter ce qu'ils ont pillé à nos frères ? D'ailleurs nous savons très bien qu'ils sont capables de nous vendre un objet puis de nous tuer la nuit pour le récupérer et le revendre à quelqu'un d'autre. Demandez donc au vieux Kazimbe ce qu'il pense de ces gens-là".
"Ces hommes sont des charognards"
L'infirmier Kazimbe est l'un des hommes les plus riches du coin, du moins avant l'arrivée de Nkunda. Assis sur un tabouret devant ce que fut son hôtel, la tête entre les mains, visiblement en proie à une profonde méditation, il est consterné : "Ces hommes sont des charognards. Le 17 juin quant ils sont arrivés ici, ils ont commencé par piller de fond en comble mon dispensaire et ma pharmacie avant de s'en prendre à mon hôtel dont ils ont emporté tout le mobilier, les lits, matelas, draps et couvertures des 18 chambres qui le constituaient. Ils s'en servent depuis lors pour dormir à Kea, au bord du lac, dans l'enclos de leur complice le Mwami (chef coutumier) Raymond Sangara Bera III."
Un chef que plus personne n'écoute. "Le 30 juin dernier, il a invité toute la population à fêter chez lui le 40ème anniversaire de l'indépendance. Seuls 7 bashamuka (pères de famille) y sont allés, les autres ayant refusé de manger et de boire avec ces traîtres les animaux et la bière pillés chez leurs amis, frères et voisins", racontent la veuve M.S. à qui on a ravi 5.000 dollars, le commerçant K. qui en a perdu 7.000 et toutes ses marchandises, et le chef de centre Kishiba Wetemwami. Depuis leur arrivée les mutins ont mis en place une administration parallèle et une police chassant l'administrateur de territoire assistant résident et le commandant de la police, exilés l'un à Bukavu et l'autre à Goma.
Il est 16 h, l'heure de repartir avant que la nuit tombe. Le marché est déjà vide, les fidèles peu nombreux à l'église comme l'explique l'abbé Daniel Kitsa : "Les paroissiens se font rares, surtout à la messe du soir car ils doivent encore marcher des heures pour aller dormir loin de leurs domiciles, parfois en pleine forêt". Terrorisés par les soldats de Nkunda, la population redoute aussi la reprise de Minova par les hommes du Général loyaliste Félix Mbuza Mabe et les exactions qui ne manqueraient pas de s'en suivre.

ENCADRE

Les habitants de Goma se préparent à de nouveaux affrontements
Tous les jours depuis une semaine, le port de Goma sur le lac Kivu est plein à craquer. Des centaines de voyageurs, surtout des jeunes et des petits enfants se bousculent pour monter sur les bateaux en partance pour Bukavu. "Partout à Goma, c'est la panique générale depuis le message du Général Mbuza Mabe de dimanche dernier sur la radio Okapi, explique des parents venus accompagner leurs 9 enfants. Il avertissait Laurent Nkunda que s'il ne quitte pas Minova et tout le territoire de Kalehe d'ici samedi le 17 juillet, il va le déloger par la force. En réponse, le Général Laurent Nkunda a dit qu'il ne quitterait pas Minova, et alors si on l'attaque il prend de force la ville de Goma. Voilà pourquoi bien des parents de la ville envoient leurs enfants en des endroits plus sûrs".
Plusieurs faits font craindre aux habitants de Goma une difficile fin de semaine. L'armée gouvernementale masse des milliers de soldats à Beni et Butembo pour aller affronter les mutins de Nkunda. Le bouillonnant député et membre fondateur du Rcd Bizima Karaha et 7 autres parlementaires Banyamulenge viennent de claquer la porte de l'Assemblée nationale pour se retrancher à Goma. Ils se réuniraient presque quotidiennement avec les durs du RCD. Dernière nouvelle, le 14 juillet les radios de la région annonçaient l'arrestation, sur ordre du gouverneur du Sud-Kivu, de Freddy Kahimano, l'administrateur du territoire insulaire d'Idjwi pour avoir fourni armes et munitions à Laurent Nkunda.
D. N.

Déo Namujimbo