14-10-2010
Augmenter le budget alloué à l'agriculture au Burundi, c'est ce que vont réclamer à grands cris, du 18 au 22 octobre, les paysans soutenus par la société civile. C'est une urgence vitale pour l'ensemble du pays où 70 % des habitants sont mal nourris et où le déficit alimentaire se creuse un peu plus chaque année.
Du 18 au 22 octobre, des organisations de la société civile burundaise organisent une vaste campagne pour l'agriculture. Les représentants des associations de producteurs agricoles vont ainsi manifester devant l'Assemblée nationale pour réclamer l’augmentation du budget alloué à ce secteur. "C’est une première au Burundi et nous l’avons décidé pour interpeller les nouvelles institutions. Maintenant que la paix sociale est retrouvée, la priorité du gouvernement doit être l'agriculture", explique Aimable Nduwayo, producteur au sud du Burundi. "Nous allons tout faire pour redynamiser le secteur agricole", a d'ailleurs solennellement promis en septembre le chef de l’État burundais en démarrant son 2e mandat.
Le secteur agricole, névralgique pour le pays, mérite de fait une attention particulière. Démographie galopante, afflux massif des rapatriés (près d'un million depuis 2003), sécheresse récurrente, exiguïté des terres cultivables… autant de facteurs inquiétants qui expliquent le déficit alimentaire devenu structurel du pays. Entre 1993 et 2007, la population a augmenté de 34 %, la production agricole de 2 % globalement, mais celle des légumineuses (haricots, petits pois…) a diminué de 35 %, selon un expert de la FAO.
"Le prochain front sera agricole"
Aujourd'hui, plus de 70 % de la population souffrent de malnutrition et ne mangent qu'une fois par jour. Les prix des aliments ne cessent de grimper. "Prenons l’exemple du haricot, aliment de base pour la majorité de la population, dont le prix au kilo oscille autour de 1 000 Fbu (1 $) alors qu’il coûtait 300 Fbu il y a deux ans. La flambée est nette et elle est consécutive à la pénurie des produits vivriers", constate Anaclet Niyongere, commerçant d’aliments au marché central de Bujumbura.
Les paysans ont bien du mal à survivre sur leurs parcelles, en moyenne 5 ares par ménage, selon les données de la Commission nationale des terres et autres biens (CNTB). Et pourtant, 90 % des huit millions de Burundais vivent de l'agriculture. "Il n’y a pas plusieurs solutions pour juguler le péril de la famine : le gouvernement devra mettre le paquet en encadrant les producteurs et en mettant à leur disposition les engrais à peu de frais", explique Jean Ndimubandi, ingénieur agronome.
C'est pour mettre l’État devant ses engagements et ses responsabilités que les associations ont décidé de faire campagne. "Nous voulons, en particulier, sensibiliser les nouveaux députés afin qu’ils accordent au moins 10 % du budget à l’agriculture", affirme Thierry Nininahazwe, de la Confédération des associations des producteurs agricoles pour le développement (Capad). En juin 2004, les États africains se sont engagés, dans la déclaration de Maputo, au Mozambique, à porter à 10 % du budget national la part allouée à l’agriculture. Au Burundi, elle tourne jusqu'à présent autour de 3 %. Alors que le volet défense et sécurité accapare près de 20 % du budget. "Après la guerre, le prochain front sera agricole", conclut Raphaël Niyongabo, économiste.
Des encadreurs et des engrais
Mal encadrés, sans accès aux intrants jugés chers et considérablement à l’étroit en raison de l’exiguïté des terres arables, les producteurs agricoles n’arrivent jamais à satisfaire la demande en vivres. Ils joignent leurs voix à celle de la société civile pour exhorter le gouvernement à y investir davantage. "Le gouvernement a cru redynamiser le secteur agricole en engageant un moniteur agricole sur chaque colline du pays, mais nous nous rendons compte qu’ils ne sont d’aucune utilité puisqu’ils n’encadrent pas la population et ne sont même pas des modèles de producteurs dans leurs coins, tonne Pasteur Macumi, producteur à Makamba, au sud du Burundi. Il faudrait nous trouver de vrais encadreurs pour mieux produire sur nos lopins de terre." D’autres se plaignent de la cherté des engrais. "C’est aussi l’État qui devrait exonérer les engrais de taxes comme cela se fait en Ouganda ou en Tanzanie ; le prix au kilo y est quatre fois plus bas qu’ici", témoigne Serge Niyondiko, agriculteur modèle à Nyanza-lac (sud-ouest). À 2 $ le kilo, l’engrais est hors de portée de la plupart des agriculteurs. Le gouvernement promet de le ramener à 0,75 $.
Silvère Hicuburundi