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RD Congo

25-11-2010

Sud-Kivu : pour les Ong, le sida ne fait plus recette

Avec la fin des financements du programme national de lutte contre le sida, les Ong du Sud-Kivu qui, souvent par opportunisme, s'étaient engagées pour cette cause retournent à leurs programmes habituels, abandonnant les sidéens à leur triste sort.

Depuis que le Programme national multisectoriel de lutte contre le sida (PNMLS) a annoncé, fin 2009, qu'il n'avait plus de financements, les Ong du Sud-Kivu qui luttaient contre le sida ont disparu ou sont retournées à leurs précédentes activités. Ce constat est celui de Butochima Luta, l’ancien coordonnateur du Noyau Sida, une commission du bureau de coordination de la Société civile du Sud-Kivu. Dès qu'elles l'ont appris, les Ong sont revenues à leur vocation première. "Nous venons de distribuer des houes et des semences aux groupements d’agriculteurs qui cultivent le marais de Mushinga à Walungu", déclarait ainsi Vital Mutabunga, le responsable de Solidarité des familles déshéritées (SOFADE) le 25 octobre dernier, lors de la Journée africaine de la femme rurale. L'association avait un temps délaissé les paysans pour les sidéens. Selon Vital Mutabunga, en moins d'un an, neuf associations sur dix, qui étaient auparavant censées s'occuper des sidéens ont ouvertement cessé de le faire. À ce jour, les séropositifs ne sont donc plus pris en charge ; le nombre de centres de dépistage volontaire a été réduit et le stock des anti rétroviraux a diminué. Les sidéens se sentent abandonnés.

Des associations opportunistes
De nombreuses ONG, attirées par la manne financière qui tombait pour combattre la pandémie, s'étaient lancées, par pur opportunisme, dans des activités de lutte contre le sida ou dans la prévention. Une reconversion favorisée par la flexibilité de leurs statuts et règlements. Pendant plus de six ans, elles ont tout fait pour tenter d'obtenir le financement du PNMLS auquel il n’était pas aisé d’accéder. "Nous avons refusé de signer le contrat de financement, car tous les frais négociés n’étaient pas toujours accordés", se rappelle Jean Mwilarhe, membre du Noyau Sida. "Nous avons pu orienter les activités de notre association dans le domaine où le financement était plus assuré, explique Jean-Bosco Kazamwali. Comme le PNMLS n’a plus de financement, nous avons renoué avec les activités d’antan."
Ces gros financements, souvent détournés ou utilisés à d'autres fins, contrastent avec la précarité de la situation des séropositifs. "Le centre de dépistage volontaire de Chai a été fermé et, actuellement, les tests se font exclusivement dans les centres de santé partenaires qui ne sont pas plus opérationnels en ville qu'au village", déplore un médecin. "En RDC, les médicaments pour prolonger la vie des personnes vivant avec le virus du sida ne sont plus disponibles depuis que Médecins sans frontières (MSF-Hollande) a fermé ses portes en 2008", regrettent les différents acteurs de la lutte contre le VIH/sida.
Les associations du Sud-Kivu, qui ont été financées durant ces années, se sont dans bien des cas révélées inefficaces, car peu ou pas expérimentées en matière de lutte contre le sida ou d'accompagnement des personnes vivant avec le VIH. Certaines toutefois s'y sont réellement engagées et se sont professionnalisées dans la prévention et la fourniture des soins aux personnes porteuses du virus. C'est le cas de l’association SOS sida qui a construit le Centre intégré d’appui aux personnes séropositives (CIAPS) "pour permettre aux malades de commencer le traitement aux antirétroviraux", explique Gratien Chibungiri. D'autres se sont regroupées "pour pallier les insuffisances individuelles créant de multiples synergies", précise J. Mwilarhe : le Comité diocésain de lutte contre le sida (Codilusi), le Forum provincial de lutte contre le sida (FOSI). Une plateforme s'occupe notamment de prévention et encourage la population à se faire dépister.

Thaddée Hyawe-Hinyi