31-01-2011
De plus en plus d'Églises et associations chrétiennes, conscientes des méfaits du sida et des maladies sexuellement transmissibles (MST), font l'éducation sexuelle des jeunes. Des formations que ces derniers suivent avec enthousiasme. Même le préservatif n'est plus tabou.
Fin décembre, dans la salle de l’Union chrétienne féminine du Rwanda (UCF) à Muhanga au sud du pays, une formatrice est face à une soixantaine de jeunes qui l'écoutent attentivement. Elle leur parle de sexualité, une question qui suscite bien des débats. "Cela nous permet de savoir comment lutter contre le sida et les MST, témoigne Rosine Nyirabizeyimana, une des participantes. En plus, nous démystifions le sexe en apprenant le fonctionnement de nos organes reproducteurs et en adoptant un comportement sain pour notre avenir."
Depuis quelques années, associations et mouvements chrétiens sont préoccupés par la méconnaissance de leurs fidèles, surtout des jeunes, sur la sexualité. Ils organisent donc des formations pour y remédier. "Chaque fois qu’on anime une séance en rapport avec ce thème, ils sont à l’aise et posent les questions qui les préoccupent”, se félicite Thérèse Nyirabukeye, formatrice de la communauté de l’Emmanuel. Cette communauté chrétienne catholique réunit les jeunes de tout le pays dans des forums annuels où l'on parle de spiritualité, d'amour et de sexualité…"Quand nous maitrisons notre sexualité, non seulement nous sommes capables d’adopter un comportement digne de notre santé, mais nous sommes aussi capables de l’expliquer aux autres jeunes", constate Francis Ngabo, de Muhanga.
Ne pas gâcher sa vie
Sans personne à qui parler de ces questions intimes, les jeunes sont souvent confrontés à des problèmes qui ont de lourdes répercussions sur leur vie. Certaines filles sont trompées par les garçons qui leur promettent monts et merveilles. Ces derniers les engrossent et les rejettent ensuite. Elles vivent alors dans des conditions difficiles dès leur jeune âge, analyse Joseph Karambizi, sociologue.
Depuis 2005, le réseau Rwandelera rassemble des pasteurs et des prêtres qui ont le sida ou dont les proches sont contaminés. "Les Églises et religions concernent 97 % de la population rwandaise, parmi lesquels ceux qui vivent avec le sida, ceux qui sont sains ou encore ceux qui risquent d'être contaminés (…), explique Fidèle Nsengiyumva, pasteur de l’Eglise Inshuti (ami) et président de Rwanelera. Nous avons décidé d’apprendre à nos fidèles l’usage du préservatif, parce que le péché n’est pas de porter le préservatif, mais de commettre l’adultère."
En outre, ces hommes d'Église sensibilisent à la circoncision, à la protection de la mère à l’enfant, aux consultations médicales, comme moyens de lutte contre le sida. "Fini le temps où les Églises considéraient le sida comme un châtiment divin", ajoute Fidèle. "Si nous avions été informées sur notre sexualité, nous n’aurions pas été engrossées voire contaminées", avaient expliqué, en 2009, des femmes âgées de 18 et 30 ans à Muhanga. Ainsi est née l’initiative de commencer par informer les jeunes, selon Prudentienne Uzamukunda d’UCF. "Si nous leur demandons de faire preuve de chasteté et de virginité, il faut aussi les informer sur des conditions préalables notamment le fonctionnement de leur corps", souligne pour sa part Ildephonse Gakwandi, pasteur protestant.
La responsabilité de tous
Ceux qui s'occupent des jeunes sont, en effet, de plus en plus préoccupés par leur comportement sexuel. A Generation Rwanda, une association américaine qui aide de jeunes orphelins rwandais en leur payant les études universitaires, les nouveaux apprennent d’emblée le fonctionnement des organes reproducteurs. Béata Mukeshimana, du service santé de Generation Rwanda estime qu'"il serait inutile d’investir chez un jeune qui va ensuite rater cette chance parce qu’il est contaminé ou devient père ou mère prématurément."
Les parents des jeunes actuels qui ont grandi dans la culture du tabou sexuel ne parlent pas de ces sujets à leurs enfants. Ils en rejettent la responsabilité sur les autres. "Quand nous avons annoncé aux parents que nous avions un programme pour informer les jeunes sur la sexualité, nous avons reçu plus de 200 jeunes, alors que nous en avions prévus seulement une soixantaine", observe Ernestine Karigirwa d’UCF. Pour les jeunes, il est important que les Églises intègrent cette éducation sexuelle au sein des mouvements chrétiens, puisque leurs hommes d'Eglise sont bien écoutés et que les parents ne leur en disent rien. Selon Joseph Karambizi, l’éducation sexuelle doit être un travail d’équipe qui concerne les familles, les écoles, les Églises et la société en général.
Fulgence Niyonagize