20-05-2011
Depuis deux mois, le gouvernement burundais mène un combat sans merci contre le trafic de médicaments périmés et de faux médicaments. Les ministères de la Santé et du Commerce, l’administration, les services des douanes et de la brigade anti-corruption… tous luttent contre ceux qui cherchent à s’enrichir en tuant leurs compatriotes.
Sept cadres et agents du ministère de la Santé publique, du ministère des Finances et d’une pharmacie privée du Burundi sont détenus depuis près d’un mois à la prison centrale de Mpimba. La justice présume qu’ils sont impliqués dans la vente de médicaments périmés. Ceux-ci ont fait des victimes, notamment en commune de Nyabikere de la province de Karuzi, au Centre-Est du pays. L’ex-médecin provincial de Karuzi, ainsi que le gestionnaire du district sanitaire de Nyabikere figurent parmi les détenus.
La police nationale a, en outre, récemment saisi un stock de médicaments périmés chez un charlatan de la commune urbaine de Buyenzi à Bujumbura qui se faisait passer pour un technicien médical. Lui aussi a été conduit en prison.
Depuis deux mois, le gouvernement burundais lutte tous azimuts contre les faux médicaments et les médicaments périmés. " La vente illicite de médicament gangrène notre système de santé. Je voudrais dire dans les termes les plus clairs que le combat contre ce phénomène est engagé", a annoncé le Dr Sabine Ntakarutimana ministre de la Santé publique,.
À ceux qui pratiquent ce commerce odieux, qu’elle qualifie de mafieux, elle annonce que le glas a sonné et promet la tolérance zéro. Pour plus d'efficacité, elle a demandé aux services de la justice, du commerce, des douanes et de l’administration d’œuvrer en synergie.
Ces médicaments qui échappent au contrôle sont volés ou arrivent frauduleusement dans le pays en provenance de la Tanzanie ou de la RD Congo. Leurs dates de péremption sont souvent modifiées. La plupart des consommateurs les achètent à l’unité, sans se soucier de ces dates, même dans les officines agréées.
Présents partout
Les habitants de Nyabikere qui avaient consommé des médicaments périmés, notamment contre la tuberculose, ont eu des complications. Certains en sont même morts. Leurs familles ont ensuite intenté une action en justice.
Ceux de Bujumbura qui s’approvisionnent en médicaments dans des boutiques ou auprès des fraudeurs qui grouillent autour du marché central ont souvent des problèmes. "Les médicaments qui circulent ou se vendent en boutiques et magasins échappent au contrôle de l’autorité et tuent. Ils sont volés dans les hôpitaux, à l’armée ou à la Centrale d’achat de médicaments du Burundi (CAMEBU)", s’indigne un cadre du ministère de la Santé publique.
Les gens commencent à avoir peur. À Bujumbura, six cartons de médicaments périmés d'une valeur de dix millions de Fbu (8 000 $) ont été découverts au marché central ; des stocks de médicaments périmés ont été saisis par l’administration dans les provinces de Muramvya et Ngozi. "Nos services en découvrent régulièrement dans les marchés, boutiques et magasins. Même sur les étagères des pharmacies privées. Ils ne veulent que gagner de l’argent alors que la santé des gens en pâtit", indique un responsable de la Police nationale. Pour lui, dans un contexte de pauvreté, le médicament périmé et peu cher fera toujours des victimes.
L’Ordre des Pharmaciens inquiet
La plupart des responsables sanitaires contournent le circuit officiel et s’approvisionnent dans des pharmacies privées, en vue de toucher des commissions. Mais la ministre de la Santé leur a ordonné de ne s’approvisionner qu’à la CAMEBU.
Selon le président de l’Ordre des pharmaciens du Burundi, le problème est structurel et les mesures prises ne suffisent pas à ramener l’ordre dans la vente du médicament. Pour lui, le ministère n’est pas financièrement ni techniquement outillé pour le résoudre et devrait laisser son organisation la règlementer. "La loi de 1980 est devenue anachronique et fait de nous un organe consultatif. Or, nous avons 90 pharmaciens spécialisés et le ministère n’en a que quatre. C'est pourquoi ce dernier devrait nous laisser la réglementation et le suivi des activités pharmaceutiques et n’intervenir que pour tout superviser", propose Joseph Niyonzima.
Il déplore en outre que la plupart des pharmacies privées soient tenues par des non professionnels. "Depuis longtemps, le marché noir du médicament se fait comme si de rien n’était. Les médicaments sont volés et vendus au vu et au su des forces de l’ordre, constate-t-il encore. L’urgence serait de fermer les officines illégalement tenues, de saisir les médicaments qui circulent illicitement et laisser les pharmaciens jouer leur rôle."
La loi de 1980, tenant compre de l'importance des médicaments, avait prévu qu’aucune pharmacie ne fonctionne sans pharmacien. Cependant, malgré une récente instruction de la ministre de la Santé publique, 70% d'entre elles ne respectent pas cette disposition, selon M. Niyonzima.
Anaclet Hakizimana