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30-04-2016

Propriétaires et cultivatrices se disputent les terres

Dans le département des Plateaux, situé dans le centre de la république du Congo, des agricultrices cultivent souvent sur des terres qui ne leur appartiennent pas légalement. Jusqu’au jour où les vrais propriétaires les chassent ou les obligent à verser diverses contributions pour avoir leur bénédiction et celle des ancêtres.

«A Lékana, une propriétaire foncière a récupéré deux de "mes" champs. C’était en 2002. Le premier était d’un hectare environ. Le deuxième d’un ½ ha. Malgré la médiation du chef de quartier, cette femme a refusé de négocier, brandissant des documents (un permis d’occuper et un titre foncier, Ndlr) comme quoi ces champs étaient sur son terrain », se souvient, avec un pincement au cœur, Dianana Ntsiba, membre du groupement Jeunesse entente de Dziégué.
Comme Dianana, dans le district de Lékana (département des Plateaux), bon nombre de cultivatrices occupent des terrains de façon anarchique, se bornant aux on-dit de la coutume, qui affirment que telle terre appartient aux ancêtres de telle famille. Une pratique qui a pris de l’ampleur à partir de 2002, avec le développement des groupements agricoles et leur quête de terres libres, en apparence, à cultiver.
Dans ce district et les districts environnants, des femmes héritent de terrains de parents qui ont quitté le village pour la ville ou de personnes décédées. La loi n°25-2008 du 22 septembre 2008 portant régime agro-foncier précise (article 3) : « Le patrimoine privé rural des personnes physiques ou morales de droit privé est constitué de tous les terrains et terres immatriculés ainsi que de ceux relevant des droits fonciers coutumiers, dûment constatés. » Reste toutefois à s’accorder entre propriétaires légaux et coutumiers…
«Quelques propriétaires légaux sont compréhensifs, mais d’autres ont un cœur dur et récupèrent leurs terrains», constate Dianana, contrainte depuis son expulsion d’aller à plus de 25 km de chez elle pour faire ses champs. Son cas n’est pas isolé. «En 2013, nous avions sarclé quatre champs. Au moment du labour, le propriétaire est apparu pour récupérer nos champs. Il disait que c’était sa terre. Nous nous sommes excusés, mais il ne voulait rien savoir. Il a fallu l’intervention des chefs des villages Dziégué et Ngabi pour qu’il nous laisse travailler. Ensuite, pendant la récolte, nous avons du lui donner une partie de nos choux et de nos arachides… », se souvient Tatiana Mpala, secrétaire du groupement Jeunesse entente de Dziégué.

« Mieux vaut coopérer… »
Dans le district de Djambala, toujours dans le département des Plateaux, les cultivatrices et cultivateurs collaborent plus régulièrement et facilement avec les propriétaires. « Nous leur donnons toujours 20 000 Fcfa (30 €) pour avoir le droit de cultiver leur terre et obtenir des ancêtres une bénédiction. Si nous ne collaborons pas, la récolte ne sera pas bonne. Donc, mieux vaut coopérer… », assure Ayoulou-Essous Galem, président de la Coopérative mères et filles de Kialé.
Paul Ngami, chef de terre Dziégué confirme : « Même à Brazzaville, c’est le propriétaire foncier qui vend la terre. Si vous ne lui donnez pas d’argent, ni de vin, vos plantations ne produiront pas, même si vous avez mis des engrais ! Nous récupérons les terres quand il n’y a pas eu d’accord. Quand vous venez et que vous travaillez comme si la terre appartenait à l’Etat, ce n’est pas bien. Une terre doit avoir un propriétaire. »
Une comparaison reprise par Emile Ngangoué, chef de terre Oka à Dziégué : « Seul l’Etat peut prendre des terres sans donner de l’argent aux propriétaires, parce qu’il va résoudre un problème d’intérêt public. Mais, ici au village, les gens ont pris l’habitude de travailler sur des terres qui ne leur appartiennent pas, sans donner d’argent aux véritables propriétaires. »

Jean Thibaut Ngoyi