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RD Congo

16-03-2012

Jean Twatila : trop de taxes découragent les entrepreneurs

Asphyxié par de nombreuses taxes, impôts et diverses tracasseries administratives, Jean Twatila, 26 ans, a du arrêter son petit commerce au marché central de Kikwit en RD Congo. Epuisé, découragé, ruiné, il a fini par le fermer comme de nombreux petits entrepreneurs. Il se confie à SGL.

Syfia Grands Lacs : Racontez nous votre parcours de petit commerçant

Jean Twatila : J’avais commencé mon petit commerce en 2008. Je revenais de l’Angola où je suis allé, comme tout débrouillard, chercher la vie en creusant le diamant. Mais lorsque j'ai été malade, j’ai été obligé de rentrer au pays. Après les soins, il me restait 200 $ en mains. J’ai alors commencé à vendre divers articles au marché central avant de monter une petite boutique. Franchement l’accumulation des taxes ajoutée aux tracasseries administratives m’a mis par terre. J’ai trouvé inutile de continuer cette activité que j’avais débuté patiemment. En 2010, j’ai tout arrêté.

SGL : Quels sont les taxes et impôts auxquels vous étiez soumis ?
JT : C’était dur ! J’étais complètement découragé et énervé de voir les agents de l’Etat sillonner continuellement nos boutiques et étals, réclamant des taxes, impôts et différents documents administratifs. C’étaient beaucoup de services à la fois : Environnement, Petites, moyennes entreprises et artisanat (PMEA), Administration du marché, DGI, DGRAD, Affaires sociales, etc. Il y a des moments où je recevais par jour deux ou trois services, chacun à tour de rôle. On dirait que je travaillais seulement pour l’Etat.
Je prends deux ou trois exemples pour vous éclairer. Un jour j’ai reçu la visite des agents taxateurs du service de l’Environnement me demandant 50 francs fiscaux (soit 50 $) pour obtenir le «permis d’exploitation». Par la suite je devais payer au même service 25 francs fiscaux (25 $) pour ce qu’ils appellent «taxe rémunératoire». Deux jours après j’ai reçu d’autres agents. Ceux-ci exigeaient à leur tour 50 $. A cela j’ajoute la «patente annuelle» qui coute 22 $. De son côté la DGI m’avait envoyé une note officielle qui me demandait de payer 41250 FC (45 $) pour n’avoir pas souscrit ma déclaration avant l'échéance. La note disait aussi que cette imposition d’office était mise à ma charge conformément aux prescrits de la loi portant réforme des procédures fiscales. Dans l’entre-temps il fallait aussi payer 10 $ mensuels pour l’administration du marché….

SGL : Comment avez-vous tenu trois ans durant ?
JT : En réalité je ne payais jamais le montant demandé. C'était impossible pour moi. Je leur versais à tempérament ou négociais avec les agents. Il y a des moments où je les fuyais carrément en fermant.
JT : Jusqu’à ce que je me retrouve par terre car mes recettes étaient très en deçà de mes charges fiscales. Moi qui envoyais régulièrement de l’argent à mes parents restés au village, je ne pouvais plus le faire.
Je demande à l’Etat congolais de revoir ses taxes en les adaptant à la faible capacité de petits commerçants. Car il ne favorise pas la création de petites entreprises pour lutter contre le chômage.

Badylon Kawanda