06-04-2012
A Rumangabo, au Nord Kivu, les militaires ont, pour se nourrir, troqué leurs armes contre des houes. Désormais ils cultivent leurs champs et ne volent plus dans ceux des paysans qui ne sont plus contraints aussi de leur livrer des vivres. Agriculteurs et hommes en armes vivent depuis lors en harmonie.
Grande a été la surprise des revendeurs de Goma venus s’approvisionner en produits vivriers au marché réputé de Kalengera, non loin de la localité de Rumangabo, l’une des bases militaires du Nord Kivu : des militaires étaient là nombreux en train de vendre de grandes quantités de maïs, de haricots, de patates douce, des pommes de terre et de légumes… "Ces soldats doivent avoir pillé ces vivres dans les champs des paysans", s'inquiètent certains commerçants. "Ce sont des collectes qu’ils exigent des cultivateurs. Nous ne pouvons pas acheter le fruit volé de la sueur des pauvres villageois", se chuchotent d'autres tout aussi méfiants. Oscar Bahizi, président du Comité du marché intervient pour les rassurer. "Ce sont les produits des travaux agricoles qu’ils ont entrepris depuis peu." Dans la foule une femme cultivatrice de la contrée, le territoire de Rutshuru, les rassure :"Ces derniers temps, on les voit rarement dans nos villages pour exiger que nous collections des vivres. Car ils produisent assez pour nourrir leurs familles, le reste de leurs récoltes est mis en vente et ils gagnent un peu de sou pour compléter leurs maigres soldes." Dans ce territoire fortement militarisé, les activités agricoles entreprises par les hommes en uniforme en fin d’année 2011, favorise la cohabitation entre militaires et civils. A la place des fusils, après leurs tâches militaires les soldats portent les houes, machettes et autres outils aratoires pour cultiver leurs champs. Cette activité partagée avec les paysans qu’ils extorquaient favorise un climat d’harmonie entre eux.
Des champs collectifs
L'initiative d'impliquer les militaires dans l'agriculture - à l'instar de ce qui a été fait au Katanga où ceux-ci ont donné 100 t de maïs au PAM (Programme alimentaire mondial), pour les cantines scolaires des villages – a été prise par la 8èmeRégion militaire. Satisfaite du résultat, elle veut aller plus loin en reproduisant la démarche dans tous les régiments : "Le but est de pallier les besoins alimentaires de l’armée pour qu’ils puissent suppléer tant soit peu à leurs soldes, mais aussi épargner aux populations à des tracasseries", explique le colonel Wabo Bitakuya, chargé du service de régiment à Rumangabo. Tous, travaillent dans des champs collectifs. A la récolte, ils se partagent ainsi de petits stocks ménagers en céréales, tubercules, légumineuses, complétés par les récoltes des petits champs et jardins potagers entretenus aux alentours du camp militaire. Le reste est vendu et chacun reçoit un peu de sous. Cette activité donne une occupation extramilitaire aux soldats : "Après avoir monté la garde, je m’occupe sérieusement de mon champ pour la survie de ma famille", se réjouit le sergent Jean Kabuyaya qui ne perd plus son temps après le service, en se tournant les pouces aux jeux de cartes et de dames.
Changement de comportement
"Je me suis rendu compte que j’étais non seulement un grand malfaiteur qui ne laissait pas la population tranquille - j’étais le premier à voler les récoltes de la population dans leurs champs, mais aussi j’exigeais des vivres sans scrupule", reconnaît avec remords Pascal Buhendwa qui, avec son épouse a produit quatre sacs de mais, trois sacs de manioc et deux sacs de haricots en plus de qu’il doit recevoir des champs collectifs, soit un gain de 175 $.
Les responsables militaires du camp de Rumangabo ainsi que les chefs des villages se félicitent ce changement de comportement : "Bien avant d’entreprendre les travaux de champs, la population était victime de tracasseries de la part des militaires qui se nourrissaient sur son dos", soulignent-ils. Ils constatent qu'ils reçoivent moins de plaintes de la population depuis que les militaires produisent dans leurs champs. Avant cette initiative, des paysans et des paysannes étaient molestés, torturés ou tués lorsqu’ils surprenaient des militaires en train de voler les récoltes dans leurs champs. Et les collectes obligatoires de vivres ne se font plus comme avant. Les agriculteurs de la région sont soulagés.
Désiré Bigega