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RD Congo

13-04-2012

Beni : des usines locales donnent de l’emploi et freinent les importations

De bonne qualité et à des prix compétitifs, des produits made in Beni supplantent sur les marchés locaux ceux importés des pays voisins. Une dizaine d'usines se sont montées qui emploient des centaines de travailleurs mais qui étouffent sous les taxes et impôts qu'on leur réclame. Pourtant ils développent la région.

"Une bouteille d’eau minérale de 500 ml produite localement s’achète à 300 Fc (0,3$) tandis que celle venue de l’Ouganda se négocie entre 500 et 600 Fc", constate Richard Paluku Songya, chef des services généraux au département de l’Economie nationale de Beni. De même, une barre de Savon bleu local de 500g se négocie à 700 Fc, pourtant Mungwano, la marque concurrente de mêmes caractéristiques, venue du district de Kasese en Ouganda, est vendue 900 Fc au marché local.
Lorsqu’on parcourt ces jours-ci les alimentations et les échoppes de Beni, importante ville économique du Nord-Kivu, leurs rayons sont achalandés d’articles produits localement. Des jus, vins, eau minérale, savon, café…jadis importés de l’Afrique orientale (principalement de l’Ouganda, Tanzanie, Kenya) sont désormais produits par les industries locales. Les rares qui arrivent encore de ces pays se heurtent à une rude concurrence locale.

Consommer local
Depuis trois ans, une dizaine d’entreprises de manufacture sont opérationnelles à Beni. Elles travaillent dans les domaines aussi divers que variés de l’alimentation, d’autres transforment localement les grumes en planches très demandées par le marché intérieur qui connaît un boom immobilier. Ces usines sont l’œuvre des opérateurs économiques locaux qui sont nombreux à avoir vécu à l’étranger. Retour au pays, ils ont ainsi ramené la technologie ou l’exemple vu dans leurs pays d’accueil. Directeur d’Okapi Safi, l’usine qui produit l’eau minérale, Michèle Lwango Sapato a, lui, longtemps vécu en Afrique du Sud et en Asie. "Notre usine produit 6 000 cartons d’eau de 500ml/bouteille par jour. Sa capacité de production peut répondre au besoin des populations de Beni, Butembo, Oicha, Bunia. Cette usine a été fabriquée au Japon suivant le standard international. Nous traitons l’eau localement", explique Michèle Lwango.
De leurs côtés, Safi, Bleu, Prohibex, etc. sont devenues des marques de savon célèbres prisées à Beni et ses environs. Comme les vins Takengo, Kalmango, elles sont fabriquées localement et chassent du marché local les produits venus d’ailleurs. Pour trouver la matière première pour leur fabrication, leurs propriétaires ne se font aucun souci. En effet, considérés comme les greniers du Nord-Kivu Beni, Oicha, Mutwanga, Mangina produisent suffisamment d’huile de palme, de riz, maïs, bananes, pommes de terre, arachides, café, cacao, etc. qui entrent dans la fabrication des vins, biscuits, bières ou savons. Les marchands étrangers, principalement ougandais, achetaient à vil prix ces produits auprès des agriculteurs locaux pour alimenter leurs usines. Ils sont là aussi supplantés par des opérateurs économiques locaux qui proposent un meilleur prix.

Exemple venu d’ailleurs
Ces usines fabriquées en Asie et montées par des ingénieurs étrangers à Beni sont pilotées par des nationaux formés et recyclés. A plein régime, elles seront capables d’alimenter une grande partie de l’Est de la RD Congo. "Au début des années 2005, je faisais l’artisanat. Grâce au crédit octroyé par le Fonds de promotion de l’industrie, je viens d’honorer mon village car suis le premier citoyen à monter une usine moderne de ce genre dans la contrée", se félicite Kambale Machozi, président délégué général de l’usine Savon Safi.
Tout le monde trouve ainsi son compte. Les fonctionnaires de l’Etat qui gèrent le secteur ont de nouvelles unités d’imposition, les jeunes au chômage ont, eux, une opportunité d’embauche. Aux établissements Kal-Mango qui produit des vins, jus et café, 300 personnes sont ainsi engagés dont la moitié sous contrat et d’autres pris comme des journaliers. Okapi Safi emploie de son côté 60 travailleurs dont 20 universitaires. "Nous sommes fiers de leurs usines car notre pays doit se développer si tout le monde met la main à la pâte", estime pour sa part Bernard Muyumba, chef de service urbain de l’industrie.
Le manque d’électricité ajouté aux nombreux impôts, taxes et diverses tracasseries administratives sont cependant des épines dans les pieds de ces entrepreneurs locaux. "Nous payons à DGDA (Impôts) 0,25$ par carton de vin produit, 0,2$ au service de l’industrie, 16% de TVA au ressort de la direction des impôts ainsi que d’autres taxes rémunératoires annuelles, se plaint Roger Saambali, gérant des établissements Kal-Mango. A part cela, nous utilisons 80 litres de mazout par jour car l’électricité n’est pas stable. Ces dépenses jouent beaucoup sur l’avenir de nos entreprises". Son collègue de l’usine Okapi ajoute qu’à leur niveau, ils versent entre 10 mille et 13 mille dollars par mois de taxes à l’Etat, notamment à l’Office congolais de contrôle, à la direction des impôts, au service de l’Environnement, à l’Industrie et à la DGRAD. Ce qui inquiète Patient Muhongolo, un économiste de Beni, pour qui, ces entreprises risquent de tomber en faillite après quelques années…

Jacques Kikuni Kokonyange