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Burundi

21-05-2012

Les Burundais n'en peuvent plus de contribuer aux fêtes familiales

(Syfia Grands-Lacs/Burundi) Les Burundais n'en peuvent plus de contribuer sans cesse aux nombreuses fêtes familiales ruineuses. N'osant pas d'eux-mêmes arrêter de payer, ils demandent au gouvernement de les réglementer. Certains cependant rompent timidement avec cette pratique.

"J’ai une liste de plus de cent cinquante personnes qui ont contribué lors de l’enterrement de ma mère. Je dois intervenir financièrement à toute invitation de l’une d’entre elles", déclare déterminé, mais aussi découragé, un fonctionnaire de la commune Gihosha à Bujumbura, la capitale burundaise. Avec un salaire de moins de 200 $ par mois, ce responsable de famille dépense plus de 30% de son revenu dans les contributions pour les fêtes familiales. Il le fait, dit-il, la mort dans l’âme avec une seule conviction : que celles-ci relèvent de la traditionnelle culture de rencontre et de solidarité chez les Burundais.
Et ces fêtes sont nombreuses, parmi les plus célébrées, on compte notamment la dot, pré-dot, le mariage, la levée de voile, la visite de la belle famille aux jeunes mariés et vice versa, le baptême, la confirmation ou l’anniversaire des enfants, ainsi que les cérémonies d’enterrement et de levée de deuil. C'est le "vécu quotidien de tout Burundais", dit-on. Pourtant souligne Isabelle Misa go, juriste et consultante indépendante, à propos du mariage, "à ce que je sache c’est l’union de deux personnes et aucun article de la constitution ou obligation de la coutume ne fait mention des festivités".
Il n’y a certes pas d’obligation formelle de donner de l’argent. Seule une invitation suffit pour s'y rendre. Mais les gens craignent d’être marginalisés par les familles et les voisins qui, dans les coulisses, font le dépouillement des enveloppes reçues avant de dresser une liste jalousement gardée. Difficile de préciser les montants, mais la référence est une caisse de bière ou de limonade dont le coût varie entre 12 000 Fbu (8 $) et 20 000 Fbu (soit près de 15 $). Dix mille Fbu (soit près de 7 $) sont considérés comme contribution minimale.
Certains commencent à rechigner à payer. En commune Kamenge, à Bujumbura, un chef de ménage se dispute maintenant avec sa femme et ses frères depuis qu’il a pris la décision de ne plus participer aux fêtes puisque la condition déguisée pour y aller est de contribuer. Il regrette fort d’avoir été obligé, en février dernier, de s’endetter pour acheter le riz et le haricot pour sa famille. Il avait donné tout l'argent qu'il lui restait à son collègue qui se mariait.

Timide changement
Alors que la population burundaise crie à la vie chère, La société civile propose des alternatives visant à changer les modes de vie. Ainsi, " la réduction de fêtes auxquelles les Burundais accordent beaucoup d’importance en est une pour réduire les dépenses " souligne Faustin Ndikumana, représentant de Paroles et actions pour le réveil et l’évolution des mentalités (PARCEM).
Des Burundais réclament des lois pour supprimer certaines fêtes pour avoir, enfin, un bon prétexte pour s'en débarrasser. C'est ce qui avait été fait dans les années 80 quand les Burundais, comme aujourd'hui, se ruinaient en fête et passaient presque plus de temps à les préparer qu'à travailler. " Pourquoi aujourd’hui on ne le ferait pas ?", s’exclame Mpitabakana Philippe, ancien député des années 80. Le chef de l’État a fait le premier pas dans son message à la nation prononcé le 1er mai 2012. "Nous demandons aux Burundais de changer de mentalités en renonçant aux gaspillages au cours des fêtes", a déclaré Pierre Nkurunziza.
L’abbé Alphonse Ndabiseruye, secrétaire exécutif de l’Organisation diocésaine pour le développement de Bujumbura (ODDBU) a déjà commencé la formation des populations des communes Kabezi et Mutambu afin qu’ils comprennent que leur valeur sociale ne se manifeste pas dans les fêtes. Il compte saisir les autres prêtres pour la même cause à travers le réseau Caritas Burundi dont ODDBU est membre.

ENCADRE

Mariages économiques : du thé ou du café ?

"A votre soif selon votre préférence", déclarait le maître de cérémonie lors d’un mariage dit "économique" au Burundi. Tous ceux qui voulaient venir le pouvaient, mais chacun devait payer sa bière. Ceux qui n'avaient pas d’argent se servaient une tasse de thé ou de café sur une table garnie de bouteilles thermos. "Je pense que c’est un cas intéressant car, au moment où les autres donnent le sens du mariage à la consommation, c’est une bonne illustration qu’avec moins de dépenses la fête est inégalable", assure un convive. Le thé et le café n’ont coûté que 25 Fbu soit 20$, trois fois rien, et pourtant l’ambiance était excellente. Un changement de mentalité qui fait petit à petit son chemin chez les jeunes.
"Depuis quand le mariage a signifié boire au point de perdre connaissance et/ou manger jusqu’à sa faim !", souligne Munirai Ladislas un universitaire.

Gabby Bugaga, Stany Ngendakumana