21-05-2012
Par manque de sens des responsabilités, par ignorance, par tradition ou par crainte d'en perdre, la plupart des familles du Katanga ont une nombreuse progéniture qu'elles ont bien du mal à nourrir et à scolariser. Mais peu à peu la mentalité évolue et certains couples adaptent le nombre d'enfants à leurs revenus.
Marié à deux femmes, R.M. est père de 14 enfants à Lubumbashi, au sud-est de la RDC. Pour lui ce n'est pas un problème : "Contrairement aux Occidentaux, nous autres Africains, avons besoin d’avoir plus d’enfants, d’abord parce qu’avec les problèmes de nos familles, certains peuvent mourir durant leur croissance". Et de poursuivre : "si eux n’ont plus de terres où habiter, ni d’espaces verts où faire des champs, chez nous il y a des terres en quête d’occupants. Toute cette verdure derrière nos maisons, dans nos forêts est comestible", tranche-t-il d’un ton moqueur. Pour ses enfants, cette famille très nombreuse est, en revanche, un gros problème : tous ne sont pas scolarisés. Seuls quelques uns de sa première femme fréquentent l’école grâce aux efforts de leur mère. Trois de sa seconde femme sont accusés de sorcellerie dont deux ont trouvé refuge dans une église de la place en attendant d’y être délivrés. L’aîné de sa deuxième femme, âgé d’environ 14 ans, vit depuis plus de deux ans dans la rue… et menacerait même de tuer son père dont il dit qu'il est "incapable de nous élever comme le font d’autres parents responsables".
Les enfants sont une richesse…
"Les enfants sont notre richesse, il faut en avoir beaucoup", continue pourtant à dire beaucoup de gens comme cette femme. Son désir d’une progéniture nombreuse est tel qu’elle maudit tous "ceux qui avortent ou limitent les naissances". Position confortée par un pasteur qui dit à l’attention de toute l’assistance que "Dieu qui donne des enfants pourvoit également aux moyens pour les élever… ". Un prêche qui réjouit cette femmes qui, quatorze mois après la naissance de son deuxième enfant, vient d’en avoir un autre.
Une position confortée par les situations difficiles que rencontrent certains. Comme Marie Basua, veuve, la quarantaine révolue assise sur une natte dans un coin de son salon, le dos contre le mur entourée de ses proches et amis, le corps et le visage couverts de poussière, inconsolable d'avoir perdu son fils, le seul qui lui restait sur les trois qu’elle a eus, mort à l’âge de 13 ans après 48 heures de fièvre. Aux hommes de Dieu qui cherchent à la consoler, elle répète invariablement : "Si Dieu existait, il aurait eu pitié de la veuve que je suis et n'aurait pas permis que l’unique fils qui me restait meurt et me laisse telle une femme qui n’a jamais eu d’enfants ! ". Marie Basua a en effet vu ses deux filles mourir, l’une dans un accident de circulation, l’autre des suites d’une diarrhée.
Moins un ménage a d’enfants, mieux ils sont élevés
Malgré tout, certains couples ont pris conscience qu'il vaut mieux limiter les naissances pour que leurs enfants vivent bien. Patrick Kasonde est enseignant du primaire. Marié depuis onze ans, il est père d’une fille de cinq ans et ne désire pas en avoir d’autres tant que ses conditions sociales n’ont pas changé. "J’ai un salaire mensuel de 48 mille FC et une prime de 50 mille. Ma femme ramène elle aussi plus ou moins 115 $ de son travail. L’ensemble ne nous permet pas d’avoir trop de charges", affirme-t-il. L’important pour lui n’est pas d’avoir beaucoup d’enfants qu’il abandonnera par la suite, mais d’en avoir un qu’il sait scolariser, nourrir, bref, élever dans la dignité. "Parmi les couples qui se retrouvent avec beaucoup d’enfants, il y en a qui l’ont désiré, d’autres pas du tout", estime Nancy Mwilambwe, coordonnatrice du Centre d’assistance en planification familiale. Ce centre organise des entretiens avec les femmes dans des maternités autour des avantages que procure au foyer cette planification. Avantages sanitaires, économiques, environnementaux… Pour Nancy, les femmes sont au centre de la planification familiale et doivent régulièrement en parler à leurs partenaires. Solange Kisola, jeune mariée, vient d’assister à son énième entretien sur la planification familiale organisé au centre de santé de Kilobelobe : "J’ai du mal à voir des enfants qui dorment sous les vérandas des magasins. Tous ne manquent pas de parents. Nombreux ont des parents qui n’ont pas eu l’information que nous recevons ici et vivent sous le poids des coutumes qui ne peuvent plus résister à l’évolution du temps".
Maurice Mulamba