01-06-2012
Les orphelinats de Kananga, chef lieu du Kasaï occidental, privés des dons occidentaux, ont bien du mal à vivre. Leurs responsables comptent sur la générosité des bienfaiteurs ou d'organisations et font des champs. Ils s'efforcent aussi de réintégrer rapidement les enfants dans des familles.
Nourrir les enfants dont ils ont la charge est devenu un casse-tête pour les orphelinats de Kananga, chef-lieu du Kasaï occidental au cœur de la RD Congo. Ceux-ci sont pour la plupart tenus par des congrégations religieuses telles les sœurs de la Charité à Mikalayi, les Soeurs de St Vincent de Paul, les pères de Scheut, Sœurs de mère de l`Espérance à Kananga… Aujourd'hui, celles-ci comptent avant tout sur la solidarité des croyants et autres personnes de bonne volonté qui leur fournissent ponctuellement de la nourriture, des habits, du savon… des dons appréciés, mais souvent insuffisants. Pour pallier aux besoins ne fut-ce que primaires des enfants, les responsables s’efforcent de travailler : "Nous faisons des champs, des jardins pour ne pas manquer de légumes, mais cela ne suffit pas. Nous élaborons des petits projets auprès des organismes, ce qui nous permet de tenir le coup un tant soit peu", témoigne Thérèse Ngalula, supérieure de la congrégation de mère de l’Espérance.
"Les orphelins souffrent"
"Le temps où nous recevions tout d`Europe est passé. Le départ des sœurs européennes a fait tarir les sources des dons. L`Église quant à elle n'appuie plus les œuvres caritatives, elle plaide pour leur autofinancement, car la logique d`aide en Occident n`est plus la même", explique Soeur Marie Kintesue, responsable de l`orphelinat de Mikalayi, à 30 km de Kananga. Autrefois ces orphelinats bénéficiaient de subsides de l'Eglise et de l'État et de dons de bienfaiteurs d'outremer. Ils ne peuvent plus compter que sur des bienfaiteurs locaux.
"Je comprends pourquoi les pasteurs et prêtres des églises clament haut et fort le partage avec les pauvres dans leurs prédications ces derniers temps. Les orphelins souffrent et font pitié", confie, Milolo Clémence, une des jeunes catholiques, venus partager les vivres avec des orphelins de Kamayi, dans la commune urbaine de Kananga. Malgré ces dons, les responsables se débattent dans de grosses difficultés comme le montre Sr M. Kintesue : "Les dépenses des nourrissons sont souvent énormes. Une boîte de lait glucose qui remplace le lait maternel revient à 15$, "et il en faut au moins 45 pour une année. Cinq bébés en exigeraient combien ? Les repas et besoins des autres enfants coûtent également. Non ce n’est pas facile !"
Chaque orphelinat s'efforce ainsi de convaincre ceux qui peuvent les aider. La responsable de Mikalayi a obtenu de la MONUSCO Kananga un don qui leur permet de faire des recettes : "Le chef du bureau nous a remis en mars dernier deux moulins pour pallier aux besoins de 30 orphelins qui vivent dans des conditions précaires, nous pensons aussi à payer le minerval de ceux qui sont déjà en dehors, mais malheureusement de familles très pauvres."
Sr Adolphine de Kamayi témoigne également de la générosité des agents de Vodacom, Rotary Club…qui dotent parfois leurs structures de congélateurs, télévisions et autres. Cependant pour Timothée Mbanza du bureau des affaires sociales : "L’État doit revenir à l’ancienne méthode de budgétiser les services sociaux, sinon nous allons toujours assister impuissants à la misère des vulnérables."
Réinsérer les enfants
Selon Sr M. Kintesue, le manque de moyens pousse donc actuellement les responsables à renvoyer les enfants en famille dès l’âge 4 à 6 ans alors qu’auparavant ils quittaient l'orphelinat presque adultes, à 15 ans. Certains orphelins de mère sont généralement remis à leurs pères, ceux dont on n’a pas de trace des parents sont adoptés.
Les plaidoiries se multiplient aussi dans les organisations internationales ou locales telles que l’UNICEF, le PNUD, Caritas Congo pour venir en aide à ces établissements. Mais les bienfaiteurs militent pour la réinsertion des enfants dans leurs familles plutôt que de les garder dans les orphelinats, ce qui est contraire à la politique actuelle du pays. Pour Alphonse Kalonji, chargé de la protection de l'enfant à l’UNICEF, "le travail avec les enfants n’est pas que de le nourrir, mais aussi de lui fournir une éducation psychologique, spirituelle. Nous décourageons la pratique de regrouper les enfants dans les orphelinats, car la politique du pays ne le permet plus". "Nous soutenons plutôt ceux qui travaillent dans les communautés, poursuit-il, pour réinsérer le plus vite possible dans leurs familles ces enfants orphelins ou en conflit avec la loi. Car le milieu éducatif de l’enfant reste la famille, qu’elle soit biologique ou adoptive."
Sr Julienne Elameji