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RD Congo

01-06-2012

Sud-Kivu : les habitants partagés sur l'utilité des Casques bleus

Appréciés de ceux qui font des affaires avec eux, les Casques bleus présents au Sud-Kivu sont aussi vivement critiqués par ceux qui souffrent de l'insécurité. Il leur est reproché de ne pas les protéger contre les attaques des hommes en armes. Doivent-ils partir ou rester ? Les avis sont partagés.

Chaque semaine, ils sont des dizaines, ces Casques bleus, qui envahissent magasins, boutiques, alimentations, échoppes et carrefours de la ville de Bukavu pour faire des achats. Les premiers bénéficiaires en sont les hommes et femmes qui vendent des jackets, souliers, tricots et œuvres d’arts (statuettes en bois) qui affirment que les Casques bleus sont leurs premiers clients.
"A chaque fois qu'ils passent, je parviens à écouler plus de dix pièces et cela à un très bon prix en comparaison des autres jours", affirme Éric Mushaga, marchand de jackets. Sa compagne, M’Cigera, vendeuse, elle, des souliers ketch (chaussures d'hommes longues et brillantes), se réjouit elle aussi en brandissant un billet de 20$ que vient de lui glisser un Casque bleu uruguayen : "Ces Uruguayens à la différence de nos frères, qui sont experts en réduction des prix, nous payent à un bon prix et toujours en dollars."

L'insécurité persiste
La présence de ces soldats de la paix est devenue habituelle en RD Congo où près de 20 000 hommes de troupe venus de divers pays essentiellement d'Asie ou d'Amérique du Sud stationnent depuis 12 ans. Ils y sont dans le cadre de la Mission des Nations unies pour la stabilisation de la RDC (Monusco) qui a pour principal mandat la protection des civils. Le gros de ces contingents est déployé dans la partie est du pays, plus particulièrement dans les deux provinces du Kivu et la province orientale. La présence de ces soldats bien payée est une source de revenus pour bon nombre de commerçants, de propriétaires de logements, de restaurants qui apprécient leur présence.
Mais, dans les régions où l'insécurité est récurrente, le son de cloche est bien différent. Les habitants se plaignent que ces soldats de maintien de la paix n'arrivent pas à les protéger. Guy Kimengele, habitant de Bukavu, est catégorique, "ils n’ont plus rien à faire ici, ils ont été incapables de ramener la paix dans nos villages et campagnes." "Depuis qu’ils sont là, c’est toujours la guerre, les FDLR continuent à violer nos femmes, mères et filles et à nous massacrer au quotidien sous l’œil et à la barbe de ces Casques bleus qui se limitent seulement à constater les dégâts", s’irrite Musenge, un rescapé de la dernière grande tuerie à Shabunda. Dans ce territoire régulièrement en proie à des massacres de civils par les groupes armés, la population n’a plus du tout confiance en la Monusco. "Ils ont des armes et des moyens logistiques immenses, mais nous ne percevons pas leur implication dans notre sécurisation", se lamente aussi Badesi, un habitant du territoire de Kabaré.
La Monusco se défend affirmant que ses soldats abattent un travail de titan dans le pays. Pour preuve, à la suite des opérations conjointes FARDC-Monusco, plus de 20 000 FDLR ont été rapatriés et plusieurs groupes armés dissouts, expliquaient récemment les responsables de Bukavu, après l'attaque des Casques bleus par la population et des miliciens Maï Maï à Bunyakiri le 14 mai qui a fait 11 blessés graves parmi ces soldats. Les habitants leur reprochaient de ne pas les avoir protégés contre une attaque des FDLR au cours de laquelle une trentaine de villageois ont été sauvagement assassinés.

Des aides appréciées
Cependant certains contingents sont appréciés pour leur générosité. "Grâce aux militaires pakistanais de la Monusco, notre école a retrouvé une belle image, nous étudions dans des bonnes conditions", se réjouit Dieudonné Kangakolo, élève finaliste de l’Institut Zawadi ya Rais d’uvira, une école qui vient d’être réhabilitée de fond en comble. Des fidèles musulmans sont aussi contents de voir plusieurs mosquées construites dans leurs villages par ces militaires pakistanais. Des actions pas toujours vraiment désintéressées...
Depuis trois ans, le contingent chinois visite aussi régulièrement les orphelins du village S.O.S d’enfants de Karhale, situé en commune de Kadutu à Bukavu et remet des cadeaux au centre et aux enfants, notamment du matériel informatique, des vivres et non-vivres et des médicaments. Les soldats chinois préfèrent célébrer toutes les grandes fêtes aux côtés de ces démunis.
Les soldats de la Monusco doivent-ils rester ou partir ? Les avis sont ainsi très partagés. Certains, comme Fidèle Mwenebato de l’ong AFRO, souhaitent qu'ils partent au plus tôt pour laisser place à l'armée congolaise qui doit s'assumer sans compter toujours sur l'aide de la Monusco. D'autres qui profitent de la situation et ne courent pas de risques, ne sont pas pressés qu'ils s'en aillent. Pour Ilombe, un créateur d'œuvres d'art en bois de Bukavu "leur départ ne dépend pas de nous, comme ils sont encore là, nous en profitons pour accroitre notre chiffre d’affaires. Mais de toutes les façons, ils finiront par partir un jour et nous poursuivrons nos activités…

Jean Chrysostome Kijana