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RD Congo

08-06-2012

Sans bras Evariste Kayiguka est un peintre apprécié

(Syfia Grands-Lacs/RD Congo) Amputé des bras à la suite d’un accident, Évariste Kayiguka est un peintre apprécié de ses clients. Grâce à ses prothèses, il peint paysages et portraits. Et subvient, malgré son handicap, aux besoins de sa famille.

“Je m’efforce de surmonter mes faiblesses et d’être indépendant dans un monde où le travail est le seul moyen de gagner son pain”. Telle est la devise d’Évariste Kayiguka, qu’il a rappelée le 1er mai, à l’occasion d’une journée d’exposition d’œuvres d’art au Centre pour handicapés physiques Shrika la umoja, de Goma. Un de ses tableaux, représentant les rivages du lac Kivu, était sélectionné parmi les meilleurs de l’exposition. Or Evariste Kayiguka est amputé des bras. Il se sert de prothèses artisanales pour tenir crayon, pinceau et couteau à couleurs. Et lorsqu’il peint, il privilégie les paysages de sites touristiques du Nord-Kivu, tels le volcan Nyiragongo ou le parc des Virunga. Il suspend alors sa toile sur un mur, pour mieux la voir. Il enfile ensuite sa prothèse et dessine lentement : faite de bois et de fer, l’appendice est lourd et le fatigue vite : “Parfois il me faut une semaine pour un dessin qui je pourrais finir en deux jours. Mais j’économise mon énergie. Et ainsi ,en prenant mon temps, j’évite d’avoir à faire des retouches”, décrit-il. À côté de sa maison est érigé un petit atelier en bois. Boîtes de couleurs usagées et pleines s’y empilent : c’est là qu’il travaille et vend ses tableaux, qu’il expose aux passants. Les prix varient entre 5 et 20 $. Grâce à la vente, il parvient à gagner 60 $ par mois, soit le revenu moyen des habitants de Goma. Il nourrit ainsi sa famille et scolarise ses trois enfants : “Une personne vivant avec handicap est différente d’un personne handicapée. Malgré son état, mon père est le seul qui nous scolarise et nous nourrit”, raconte l’un des fils d’Évariste, élève en deuxième année secondaire.

Apprécié par les clients
Lorsqu’il crée, il est parfois entouré d’enfants passionnés par ses œuvres. Formé en 1995 au Centre Léopold Eloka, où il a appris à peindre et à dessiner, il se laisse guider par son intuition. Le regard perçant de cet homme de 45 ans laisse deviner sa concentration d’artiste. Dans les années 80, il a perdu les deux bras lors d’un accident de camionnette, en route vers le Masisi où il étudiait, à une centaine de kilomètres de Goma. Après l’accident, il passe trois ans de désespoir, couché au Centre pour handicapés physiques. Puis, un jour, il est séduit par les œuvres de Gérôme Kakule. Kakule, amputé de ses deux avant-bras, qui dessinait avec un crayon dans la bouche. “Dès lors, se rappelle Évariste avec un sourire, j’ai cessé de me prendre pour un incapable” C’est après cette décision qu’il a sollicité auprès du centre la confection d’un outil lui permettant de tenir ses outils de peinture. Aujourd’hui, ses clients apprécient son savoir-faire. “Je n’avais pas confiance en lui, s’exclame Faustin Bushu en regardant son portrait. Mais je me suis rendu compte que le rendu de ses dessins était très fidèle.” Certains bienfaiteurs lui offrent crayons et couleurs. “En contrepartie des images de la Vierge qu’il offre régulièrement à l’église, le diocèse de Goma lui a offert en mai dernier un kit de matériel de peinture”, selon le père Jean-Chrétien.

Pas un mendiant
Évariste est caractérisé par un courage exceptionnel. D’après Issa Tumba, un assistant social et enseignant de psychologie, “les handicapés qui travaillent sont souvent dociles dans la société, contrairement à ceux qui ne travaillent pas, qui sont souvent considérés comme gênants, quémandeurs et sont parfois violent avec leur entourage”.
Ne voulant pas mendier, Évariste échafaude nombre de stratégies pour gagner son pain quotidien. Parfois, il doit faire du porte-à-porte. Il emmène des échantillons de sa production et va de parcelles en hôtels pour les proposer. “Je donne aux gens quelques explications sur les paysages ou autres, pour les inciter à acheter”, explique-t-il. Le voisinage le connaît et sait que cet artiste souriant et sociable ne veut surtout pas être traité comme les handicapés qui quémandent dans les rues. Mais certains indélicats profitent de sa douceur et ne payent pas. “Ils prennent des tableaux à crédit. Les uns mettent jusqu’à deux semaines à payer, les autres ne payent pas”, se lamente-t-il. Et malgré les soutiens, il a parfois du mal à équiper son atelier pour travailler correctement. Mais il ne se décourage pas : il en a vu d’autres, et, dans son métier, il y a toujours des obstacles à surmonter.

Mustapha Mulonda