Recherche avancée

S'inscrire à la Newsletter Syfia sur Facebook S'abonner au flux RSS

Nos sites

‹‹ Tous les articles

Burundi

08-06-2012

Nord du Burundi : en copiant les Rwandais, les agriculteurs produisent plus

Les agriculteurs du nord du Burundi produisent beaucoup plus et à moindres frais depuis qu'ils appliquent les techniques agricoles apprises des Rwandais voisins. Pour eux aussi la famine s'éloigne.

"Je suis maintenant en mesure de produire assez pour ma famille, de vendre une autre partie pour me procurer des produits dont j’ai besoin et aussi de payer pour l’éducation de mes enfants", se réjouit Mukamisha Susanne, veuve, mère de cinq enfants, qui habite la zone Gasenyi au nord du Burundi, frontalière du Rwanda. Son champ d’un demi-hectare, aux couleurs des haricots semés en ligne, est entouré de deux parcelles : une bananeraie bien aérée dans laquelle on peut circuler partout, un champ de maïs avec une petite partie de tomates et un espace terrassé pour la pépinière. "Contrairement à la polyculture où l'on sème haricots, maïs et bananes dans un même champ et dont la production était presque nulle, cette femme explique qu'elle a appris à semer en ligne en respectant les distances entre les plants, ce qui triple la production", précise Nininahazwe Liesse, une proche. Martin Ndori, habitant de la même localité, est lui aussi heureux : "La production a presque triplé alors que nous avons gardé la même superficie". Auparavant, se rendre régulièrement au Rwanda ou dans les autres provinces pour chercher de la nourriture leur faisait perdre beaucoup de temps et leur coûtait cher, dit-il.
La zone de Gasenyi dans la province de Kirundo a les mêmes caractéristiques géographiques que le Bugesera au Rwanda, pourtant, dans ce pays, cette région est productive grâce à des techniques agricoles récemment apprises et mises en pratique pour conjurer la famine. Actuellement elle constitue le grenier de la région environnante. Regroupés au sein des groupements ruraux, les Rwandais produisent mieux et sont à l’abri de la soudure, c’est ce changement qui a le plus motivé les Burundais à faire de même. "Les Rwandais étaient comme nous, mais comme nous les imitons, certainement que la disette n’aura plus la même ampleur que ces derniers temps", espère Albert Murasandonyi, chef de secteur Rusara de la commune Busoni. Cette région où la démographie est galopante compte en moyenne sept personnes par ménage, mais ne produit plus assez, ne fut-ce que nourrir suffisamment les ménages

Rotation des cultures
Pour produire plus, les agriculteurs ont troqué leurs anciennes pratiques contre celles des Rwandais. "Il y a moyen de rendre fertile notre terre même une petite portion, elle devient plus rentable", indique Sindimwo Silvère, qui ne possède que quelques mètres carrés à exploiter. Pour lui, "il faut d’abord répartir cette portion en parties égales au nombre de cultures que je dois planter par saison. Il faut que chaque portion soit occupée par une seule et d’une façon ordonnée, et par après, il faut que je fasse la rotation." Cette rotation des cultures permet de limiter la prolifération des bactéries et l'utilisation des insecticides qui sont nuisibles à a biodiversité assure Léonidas Ndaribwirende, moniteur agricole de la zone.
Maximiser la production en limitant l'usage des engrais, souvent utilisés aux dépens des considérations environnementales est un autre objectif, martèle un cadre du bureau provincial de l’agriculture du Burundi sous couvert d’anonymat. Pour Léocadie Nizigama, 37 ans, mère de trois enfants, "grâce à ces techniques nous pouvons assurer que sauf aléas climatiques, la famine ne peut plus nous inquiéter."
Les Rwandais sont en avance techniquement, "ils sont à l’étape de la production pour le marché, et c’est notre rêve aussi, il suffit de persévérer et de respecter les consignes à la lettre à la manière de nos voisins du Rwanda et rien ne pourrait empêcher d’y arriver", estime Burira Rosalie, 67 ans, grand-mère de 12 enfants. Les cultures prioritaires sélectionnées par les populations sont les pommes de terre, le maïs, les bananes, le manioc, les tomates et les fruits. "Nous privilégions les céréales dans un premier temps, car avec cela nous pouvons les conserver ou les emmener dans les greniers communautaires sans aucun problème et les récupérer pendant la saison culturale sans dépenser aucun sou", souligne Bernardine Mukaza, 36 ans, fille mère.

Bonnes productions
Bernadette Mukeshima, 34 ans une élue locale est ravie des résultats : "Nous avions l’habitude de planter 45 kg de pommes de terre et de pulvériser des pesticides 10 fois pour ne récolter que 250 kg. Mais la saison dernière, grâce aux connaissances que j’ai puisées du Rwanda, nous avons planté les mêmes quantités, mais nous n’avons vaporisé qu’une fois pour récolter finalement 750 kg." Selon elle, les habitants sont de plus en plus nombreux à imiter ce que font les voisins. Dans un champ de bananes, on pouvait passer plusieurs mois sans récolter quoi que ce soit, "mais avec les connaissances acquises on a espacé les plants et on a réduit le nombre de bananiers car on doit creuser d’abord et mettre des ordures qui servent de fumier et au bout de quatre mois on a un régime qu’une femme seule ne peut pas porter", affirme Jean Pierre Murenzi, chef de colline.
Les responsables du secteur agricole de la région sont surpris de ces changements et encouragent la population à profiter de ces échanges entre les deux pays, pour faire face à la famine récurrente de cette région du nord du Burundi

Gabby Bugaga