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Burundi

06-07-2012

Burundi : les chefs de collines sont plus pauvres que leurs administrés

Entre 10 et 20 $, tel est le salaire de la plupart des chefs des collines au Burundi qui sont pourtant occupés toute la journée, la plupart du temps, pour régler les conflits. Ils n'ont pas de temps de travailler dans les champs et leurs revenus familiaux baissent. De quoi décourager les bonnes volontés…

"Ma famille décline économiquement depuis que suis devenu chef de colline", déclare Thaddée, un chef d’une colline de la province de Kayanza au nord du Burundi. Dans les campagnes, ils ne gagnent en effet qu'entre 10 et 20 $. Une maigre somme qui ne permet pas d’assurer la vie des familles de ces élus du peuple qui exercent un mandat de cinq ans. Ils ne peuvent même pas se faire remplacer dans leurs champs par un ouvrier qu'il faut payer autour de 1$/jour, tout en assurant les autres besoins de son foyer. Joseph de la commune Ngozi dépense plus de 50 $ en famille pour assurer ses besoins, il doit en trouver plus de 30 pour compléter son petit salaire. Mais où les trouver ? s'interroge-t-il désespérément. "Je dois recourir à mes administrés et quelques fois on en est dénigrés. Je dois plus de 50$ à mon voisin j’ai peur de lui alors que je suis dirigeant, explique encore l'un d'eux. Je manque totalement d’indépendance devant lui, je ne sais pas si je saurais prendre une décision indépendante le jour où il serait fautif."
Voyant le dénuement de ces élus, les jeunes qui ont des métiers ou d'autres n'envisagent même pas de se présenter aux élections. "Être chef de colline, c’est perdre son temps. C’est une tache à réserver aux paresseux, aux vieux qui n’ont pas encore la force, vu leur paye qui ne permet d'acheter un petit tas d’aubergine alors qu’il travaille jour et nuit", estime un jeune maçon rencontré en ville de Ngozi.

Les femmes en pâtissent
Les chefs des collines dirigent une grande partie de la population, non instruite, ignorante de la loi. Il s’agit principalement des paysans soit 80% de la population du pays. Les dirigeants passent une grande partie de leur temps à régler des bagarres entre femmes et maris ou entre voisins, des ravages de champs par les troupeaux des éleveurs, des viols, quelques fois des procès ne relevant pas de leurs compétences, à transmettre les rapports et à représenter ceux qu'ils encadrent auprès de leurs supérieurs,…. Diverses activités qui leur prennent tout leur temps. "Quelques fois on me réveille même la nuit, Le jour on m’interpelle ici et là et je ne trouve jamais de temps pour mes activités je consacre une grande partie de mon temps à régler des conflits", déclare Thaddée plus haut cité.
Ainsi, les femmes et hommes dont les conjoints exercent cette fonction souffrent : les femmes travaillent seules ce qui fait baisser les revenus familiaux. Tous les devoirs leur reviennent désormais. "Franchement, être femme d’un chef de colline, ça demande d’être stoïque. C’est question de comprendre que son mari a une tâche à accomplir pour le pays, sans devoir penser à soi même ou à sa famille", déclare Ciza Violette, épouse d’un de ces dirigeants en commune Gashikanwa. Comme cinq autres femmes interrogées, elle affirme qu’elles doivent supporter le poids de ce mauvais paiement de leurs conjoints.
La situation est à l’origine de conflits dans les couples. "Peu de jours seulement après avoir commencé à exercer cette fonction, je cohabite déjà mal avec ma femme car je ne produis plus pour le foyer", confie un agent de ces communes qui les payent selon leurs recettes.
La situation a aussi des conséquences pour les dirigés. Parmi ces chefs, certains se font corrompre et exigent de l'argent. Tantôt ce sont de petites sommes, tantôt c’est l’achat forcé de bière à ces chefs, expliquent les habitants d’une colline de la province de Kayanza. C’est ainsi que, selon un agent de la Ligue des droits de l’homme Iteka en commune de Ngozi, ces dirigeants sont souvent en conflit avec leurs administrés.

Eric Nshemezimana