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RD Congo

13-07-2012

Goma : baissez le volume !

Bon nombre de jeunes de Goma, à l'est de la RD Congo, qui écoutent de la musique au casque le font à un volume trop élevé. Certains d'entre eux entendent mal ou deviennent carrément sourds.

Justin Mwanantabu, alors rédacteur en chef à la radio Mutaani de Goma, interpelle un de ses journalistes. "Rafiki ! Rafiki !", crie-t-il. Ce dernier est pourtant à moins d’un mètre de lui... "Qui m’appelle ?", répond à haute voix Rafiki, écouteurs aux oreilles et MP3 en poche. Il n’a rien suivi de la conférence de rédaction et ne s’est pas rendu compte que c’était à lui de parler. "J’ai du mal à me séparer de mes écouteurs. La musique est une seconde nature pour moi", s'excuse-t-il.
Un comportement un peu impoli, mais surtout dangereux pour la santé… "Ecouter de la musique à un volume élevé diminue la capacité d’audition", explique le docteur Amedé Kitunda, manager d’Aulterra Neutralizer, une organisation qui lutte contre les pathologies dues à la mauvaise utilisation des appareils sonores. "Lorsque la stimulation est de forte intensité (plus de 90 dB, Ndlr), cela déclenche une contraction du muscle qui amène le son du conduit auditif à l’oreille interne. Cette contraction est à l’origine de plusieurs pathologies de l’oreille", explique Jean-Paul Kikwayabo, infirmier à Médecins sans frontières. Ces pathologies, à commencer par différentes formes d’otites (inflammations), peuvent mettre du temps à s’installer ; après une dizaine d’années d’utilisation excessive, selon lui.
Parfois, le mal est fait bien plus vite. Odari, un élève de 6ème en humanités pédagogiques, est ainsi devenu "presque sourd", selon son grand frère. "Même à une faible distance, il faut crier pour qu’il nous entende", regrette-t-il. Certains sont victimes d’accidents de la circulation : "Dans la nuit du 15 au 16 mars dernier, un garçon, écouteurs aux oreilles, a été renversé par une voiture. Il n’avait pas entendu celle-ci klaxonner lorsqu’il traversait", témoigne un chauffeur de bus.

Surdité et isolement social
Le Dr Kataliko, kinésithérapeute en hôpital, estime que ce genre de pathologies a augmenté par rapport aux années antérieures. Dix cas de surdité sont enregistrés par mois dans son complexe hospitalier. Mais, par manque de spécialiste à Goma, les patients sont souvent transférés au Rwanda ou à Bukavu (Sud-Kivu).
Ecouter de la musique au casque contribue enfin à un certain isolement social. "Les personnes sont distraites et gesticulent, comme si elles étaient un peu folles", estime Jérémie Sekombi Katondolo, spécialiste en cinéma et gestionnaire d’un centre de création artistique. Un jeune choriste de l’Eglise catholique, pense lui au contraire, que la musique calme et stimule, élève et inspire, ravit et arrache les larmes. "Je suis orphelin, et la musique dans les écouteurs me permet de ne pas penser à mon défunt papa qui faisait tout pour moi", témoigne Nzita. "Dans la joie comme dans la tristesse correspond une musique appropriée", ajoute un autre orphelin. Pour Jérémie Katondolo, suivre des morceaux avec des écouteurs permet d'enrichir une chanson sur laquelle on travaille, ou lors d’un long voyage. Mais, regrette-t-il, certaines personnes pensent que se promener les écouteurs aux oreilles est une bonne façon de faire.
"Le seuil de perception auditive correspond à un niveau acoustique de zéro décibel et un son de voix moyen à dix décibels", explique Jean-Paul Kikwayabo. Dépasser ce niveau, c’est courir le risque de développer une hypoacousie (diminution de l'acuité auditive) qui, mal soignée, peut entraîner la surdité. La seule solution reste alors les prothèses auditives. Le Dr Amédé Kitunda recommande donc aux enfants de moins de 18 ans, qui ont le tissu nerveux fragile, de ne pas écouter de la musique à un volume élevé dans leurs écouteurs.

Cosmas Mungazi