27-07-2012
Les villageois riverains des parcs nationaux vivent aujourd'hui, beaucoup mieux qu'avec le braconnage, grâce aux recettes générées par le tourisme dont ils touchent 5%. Ils ont développé de nombreuses activités et protègent désormais leur patrimoine naturel.
Il y a quelques années au Rwanda, les villageois proches des parcs constituaient une vraie menace pour leur survie : ils braconnaient les animaux ou exploitaient illégalement la forêt. Aujourd’hui, ils participent à la sauvegarde de la biodiversité bénéficiant de projets pour améliorer leur niveau de vie. Ils collaborent avec les responsables de l’industrie du tourisme. Le département du Tourisme au sein de l’Office rwandais de développement (RDB, Rwanda Development Board) a déboursé en 2011 au moins 40 millions de Frw, (66 500$), pour les projets individuels des voisins des sites touristiques. Outre la construction de salles de classe, les riverains reçoivent des vaches. Au moins 50 vaches ont été attribuées aux villageois dans le district de Nyabihu, province du Nord.
Depuis 2005, le département qui gère les parcs nationaux réserve 5 % du total des devises perçues comme droits d'entrée par les touristes aux riverains des parcs. Les parlementaires ont dernièrement recommandé que ce pourcentage soit revu à la hausse, jusqu'à atteindre 10%. Actuellement, par exemple, les étrangers doivent payer 750 $ pour entrer dans le parc national des Volcans qui abrite des gorilles de montagne, un Rwandais 50$ pour un national. En 2010, le parc a accueilli près de 30 mille visiteurs majoritairement étrangers. Beaucoup d'argent pour les proches du parc affecté dans des projets de développement locaux. C’est ainsi qu’en 2008, une association a été mise en place à Kinigi, district Musanze au Nord, SACOLA (Sabyinyo community livelihood association) une association œuvrant pour le bien-être de la communauté autour du volcan Sabyinyo. Elle regroupe 50 000 membres, parmi eux des ex braconniers et collecteurs de miel dans le parc. Les résultats sont palpables : "Certains ex braconniers membres de Sacola n’avaient jamais, auparavant, possédé un lopin de terre. Actuellement ils sont devenus propriétaires fonciers grâce à l’association", fait remarquer Rica Rwigamba, chef du département Tourisme et Conservation.
Braconniers convertis en gardes de parcs
Un autre centre d’art met en valeur les bambous, Bamboo craft center, sis à Gahunga, dans le district Burera, Nord, s’attelle à multiplier des bambous de la région. Le projet a été initié par le département du tourisme au sein de RDB (Rwanda Development Board) pour mettre fin aux conflits entre le parc et la population riveraine. Ce centre emploie ceux qui, il y a quelques années, détruisaient le parc. "Je courrais toujours le risque d’être fusillé par la garde du parc en allant y couper des bambous. Mais, depuis que je suis employé dans ce centre, je vis heureusement en profitant des bienfaits de la conservation du parc des volcans", déclare, avec gaieté, Serugendo Bavugirije, ex-braconnier au parc national, au pied du volcan Muhabura. Dans ce centre on fabrique divers objets à partir des bambous comme des bracelets, des lits, des chaises, et des décorations de toutes sortes. "Nous n’avons plus besoin d’aller au parc, car nous sommes en possession de ce que nous allions y chercher. En plus de cela, nous gagnons de l’argent", se félicite Serugendo.
Dans le temps, pour assurer la protection du parc, les agents du département du tourisme essayaient de sécuriser ses limites, de contrôler les activités illégales qui s’y déroulaient. Mais les méthodes actuelles sont plus efficaces. "Nous voulons que la population environnant le parc puisse profiter des revenus générés par le patrimoine naturel qui l’entoure. C’est une façon de l’intégrer dans la conservation du parc, de la responsabiliser, en collaborant étroitement avec elle", explique Mr Prosper Uwingeri, conservateur du parc national des volcans. D’après Pierre Célestin Nsengiyumva, chef de Sacola, l’association a construit 20 logements pour les sans-abri, financé les études secondaires de 20 enfants issus de familles pauvres habitant les secteurs Kinigi et Nyange. Elle a aussi distribué 50 vaches de race frisonne aux indigents de la région et construit six établissements scolaires dans le district de Musanze. Enfin, elle contribue au programme d’électrification de la région.
La forêt de Nyungwe, dans la province de l’Ouest, est, elle, entourée par quatre coopératives pour combattre la mendicité. "Auparavant, les villageois couraient derrière les touristes pour mendier. Actuellement, ils leur proposent des objets d’art, la danse traditionnelle….", témoigne Uwizeyimana Donatille, responsable de la coopérative Les amis de Nyungwe. A Kinigi au nord du pays, un complexe commercial, inauguré en juin 2012, permet à la communauté locale d’exposer divers objets d’art aux touristes qui visitent particulièrement les gorilles de montagne.
Partout des activités se développent permettant aux habitants de vivre des ressources générées par les parcs sans détruire ce qui fait leurs richesses et leurs attraits.
Venant Nshimyumurwa