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RD Congo

27-07-2012

Mbanza-Ngungu : les habitants mobilisés font respecter leurs droits

Les habitants du territoire de Mbanza-Ngungu au sud-ouest de Kinshasa connaissant mieux leurs droits grâce aux radios, sont bien décidés désormais à les faire respecter. Dès qu’ils sont piétinés, ils manifestent et donnent de la voix. Ils ont déjà obtenu gain de cause plusieurs fois. Une vigilance qui en dissuade plus d’un.

Cannes, sifflets, rameaux, calicots, croix, cercueils vides… Munis de tous les symboles possibles, environ 7 000 personnes sont descendues fin juin dans les rues de Mbanza-Ngungu, au sud-ouest de Kinshasa pour réclamer le départ du procureur de la République près le tribunal de grande instance du district des Cataractes. "Il fait preuve de gestion cavalière du parquet. Ce qui le met en porte à faux contre les autres magistrats. Il demande de fortes amendes mais il ne reverse pas la totalité à la caisse. Il accorde la liberté provisoire même pour des cas de viols pendant que la loi l’interdit…Il est en conflit avec la police, l’auditorat militaire, la population…", la longue litanie de griefs est ainsi énumérée par Salomon Mudekoko, président de Kutuazowa, une association des droits civiques de Mbanza Ngungu.
Au début du même mois, ce sont les paysans de Kiende dans le secteur de Gombe-Sud qui sont montés au créneau. Ils se sont insurgés contre un capitaine des renseignements militaires qu’ils accusent d'exactions. La goutte d’eau qui a fait déborder le vase a été lorsqu'il a enchaîné deux vieillards derrière une voiture et les a traînés sur plusieurs mètres.

Eveil de conscience
Pourtant, les paysans sont souvent considérés comme "des peureux". "Ce n'est pas parce qu'ils sont souvent taciturnes, qu'on doit continuer à les déconsidérer. Nous ne sommes plus au Moyen-âge pour violer de la sorte les droits de l’homme", s’est offusqué Atou Matubuana, élu local de Mbanza-Ngungu.
Les cinq radios et la télévision communautaires qui couvrent ce territoire aident les habitants, depuis plusieurs mois, à prendre ainsi conscience de leurs droits. "Nous avons des émissions qui parlent des droits et devoirs des citoyens. Nous nous sommes appropriés l’espace financé par RCN et qui recevait la société civile, les avocats et les magistrats", reconnait Néron Nkata, journaliste à la radio catholique Vuvu-Kieto. "Nous n’incitons pas les gens à se révolter mais nous jouons notre rôle en leur donnant la parole", précise Falish Kanza de la radio Ntemo.
Leurs émissions sont capitalisées par les nombreux clubs d’auditeurs de leurs radios. Vuvu-Kieto en compte 23 et Ntemo une trentaine. "Nous discutons avec les membres après avoir écouté une émission et nous nous efforçons d’appliquer ce qui a été dit. Parfois nous faisons des suggestions aux animateurs et journalistes", explique Mambweni, président d’un club des auditeurs de la radio Vuvu-Kieto.
Mais, il y a aussi, une forte prise de conscience des habitants eux-mêmes. Dans chaque quartier, ils sont constitués en association. Liévin Tsumbu est rapporteur de "Bana Tshagu", une association du quartier Christ-Roi qui compte plus de 200 membres. "Nous nous sommes rendus compte que c’en était trop avec les violations de nos droits", affirme le rapporteur.
Outre leurs réunions hebdomadaires, les associations se réunissent et décident de revendiquer lorsqu’ils sentent que leurs droits sont violés. "Nous le faisons pacifiquement", fait observer Tsumbu.

Obtenir gain de cause
C'est ainsi qu'ils trouvent des solutions à leurs problèmes. Au quartier Christ-Roi, après la marche des habitants de début juin, la Snel vient d’acheter un disjoncteur et un transformateur pour améliorer la desserte en électricité. Les chauffeurs de taxi qui disaient travailler à perte ont obtenu la majoration de la course de taxi, et une action disciplinaire a été ouverte à l’encontre du procureur près le tribunal de grande instance des Cataractes…
Les autorités, elles, comprennent que les habitants sont devenus vigilants. "C’est normal, observe Oscar Botoko, administrateur du territoire de Mbanza-Ngungu, mais cela doit se faire en respectant les lois du pays parce que nous avons besoin de la paix".

Alphonse Nekwa Makwala