27-07-2012
Au Burundi, la suppression de la TVA et d'autres taxes à l'importation des denrées alimentaires n'a pas, comme espéré, fait baisser les prix, mais a provoqué la pénurie. En cause, l'absence de mesures d'accompagnement de cette décision pour les commerçants.
Les produits de première nécessité sont devenus rares sur les marchés burundais depuis que le gouvernement a décidé de supprimer certaines taxes pour faire baisser les prix. Cette mesure a été prise le 15 mai dernier et prendra fin le 31 décembre en réponse aux pressions et manifestations organisées par les syndicats et la société civile et largement suivies par la population.
Depuis deux ans l'uniformisation des taxes et des procédures au sein de la communauté de l’Afrique de l’Est a fait passer les prix des denrées alimentaires du simple au double alors que le pouvoir d’achat est resté inchangé. Le contrôle aux frontières plus strict, des camions qui ne peuvent plus charger autant, l'instauration de la TVA, expliquent ces hausses. Or, face à la démographie galopante du pays, la production agricole ne suit pas et la dernière récolte est inférieure de 30% à celle habituelle. Les importations sont indispensables.
"Les stands sont vides"
Le gouvernement a donc supprimé la Taxe sur la valeur ajoutée (TVA) de 18% (le tarif extérieur commun de l'EAC) et la redevance administrative de 1% sur des produits importés spécifiés : le maïs, le manioc, la farine de manioc, la pomme de terre, le haricot, le riz, le poisson frais, les oignons, l’huile de palme ainsi que la farine de blé. "C’est un signal fort que le chef de l’État a tenu compte de nos doléances. Nous allons veiller à ce que ces mesures soient suivies d’effets, mais aussi à ce qu’il y ait d’autres décisions dans ce sens", indique le responsable syndical, Tharcisse Gahungu.
Une mesure qui fera perdre plus de 10 milliards de Fbu (6 millions de $) au budget de l'État. Pour compenser, en partie, ces pertes, les taxes seront augmentées sur les prix des boissons qualifiées de produits prestigieux, notamment les liqueurs, selon le ministre des Finances Tabu Abdallah.
Depuis la suppression des taxes, le prix de certaines denrées a légèrement chuté : le riz de Tanzanie est passé de 2200 fbu (1.7$) à 1500 fbu (1$), le haricot de 1800 fbu (1.3$) à 1600 fbu (1.2$). Mais celles-ci ne sont plus aussi abondantes, certains commerçants préfèrent aller les revendre dans les autres pays comme la RDC ou les dissimulent en attendant la levée de la décision.
"Au lieu de faire chuter les prix, on assiste à la carence pure des produits comme le riz et le haricot, ainsi que la farine, s'inquiète une commerçante du marché, on n'y comprend absolument rien. Presque tous les stands sont vides". "Il faudrait au moins que les produits soient chers au lieu de manquer comme on le voit actuellement, sinon nous avons du mal à faire comprendre à nos clients que la nourriture est devenue chère alors que l’on s’attendait au contraire", déclare Simon Nyabenda responsable d’un restaurant de la ville.
Le certificat d'origine en cause
De fait, pour les commerçants comme Serges Nuru, importateur des produits alimentaires, "cette mesure n’a aucun effet si l’on ne prend pas d’autres mesures d’accompagnement, notamment ne plus exiger le certificat d’origine."
"Avant nous n’avions aucun problème avec les taxes et frais de douanes, actuellement on exige le certificat d’origine sans lequel tu n’entres pas les produits, poursuit Thaddée Ndirihamwe, détaillant au marché central de Bujumbura, alors que nous achetons ces produits dans les villages et auprès des cultivateurs tanzaniens." Selon Serges Nuru, seules les industries délivrent ce certificat, mais pas un cultivateur privé. Certains pays de l'EAC refusent aussi de les donner pour protéger leurs produits et assurer leur sécurité alimentaire, car les récoltes sont mauvaises un peu partout.
Or les produits provenant de pays extérieurs à l'EAC payent normalement 75% de TVA, tarif qui n'a pas changé. Il faut donc prouver par un certificat d'origine la provenance des produits qui entrent au Burundi pour être exonérés de TVA. Celui-ci n’est exigé que pour les gros importateurs qui ont vu nombre de leurs camions bloqués à la frontière. Les commerçants demandent qu'on puisse aussi avoir recours aux produits d'autres pays sans payer ces lourdes taxes.
En attendant, beaucoup d'entre eux n'importent plus de produits. "Tant que les mesures d’accompagnement ne sont pas prises nous allons quitter le commerce d’ici et nous diriger vers les autres pays comme l’ont déjà fait certains de nos confrères qui sont partis pour la Zambie", souligne Mohamed Ismaël commerçant de Bujumbura.
Du côté des acheteurs, c'est l'inquiétude. Isaïe Ndikumana, membre de l’ABUCO (Association burundaise des consommateurs) s'interroge : "Nous ne pouvons que nous réjouir quand même de l’initiative, mais il faut étudier pourquoi les produits sont rares, sont-ils cachés par spéculation ? Il faudra entreprendre des enquêtes afin que les spéculateurs soient sanctionnés". Certains commerçants sont soupçonnés d'importer, mais de ne pas mettre sur le marché attendant la levée de la mesure qui fera remonter les prix.
Gabby Bugaga