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Rwanda

09-08-2012

Rwanda : gagner sa vie par tous les moyens

Il ne se passe une année sans que la quinzaine d’universités et instituts supérieurs agréés au Rwanda ne déverse chacun entre 500 et 750 lauréats sur un marché du travail déjà saturé. Faute d’emploi décent, beaucoup se contentent de petits boulots tandis que d'autres se livrent à des escroqueries ou à la prostitution pour survivre.

Yvonne, 25 ans, bien que titulaire d'une licence en Sociologie, travaille comme serveuse dans un débit de boissons de Remera à Kigali. Elle gagne 40 000 Frw (65 $) par mois. Elle témoigne des difficultés que rencontrent, comme elle, bon nombre de jeunes. "Avant de venir ici, j’ai vainement cherché et à maintes reprises un emploi correspondant à ma formation. Mais, le favoritisme mine le domaine de l’emploi", regrette-t-elle. "On fait passer des tests de recrutement pour une simple question de formalités, mais ceux qui seront embauchés sont connus d'avance", dénonce-t-elle.
D’autres jeunes, tout aussi instruits et également tenaillés par le chômage, se lancent dans de petits commerces. Dans le marché de Nyabugogo, à l’entrée de la capitale rwandaise, certains vendent des habits d'occasion. Parmi eux, Pascal, 27 ans, gestionnaire de formation. Cette activité ne le satisfait pas : "Ce n’est pas rentable, dit-il. Les taxes sont élevées. Les clients se font rares. J’aimerais faire autre chose, mais les moyens financiers me manquent."
Treize jeunes diplômés dynamiques s'étaient regroupés pour créer l'association Tujyimbere (Allons de l’avant) qui promeut le développement des technologies de l’information et de la communication (TIC) dans la province du Nord. "Nous avons la volonté de progresser, mais les exigences des banques nous bloquent. Avant tout octroi de crédit, celles-ci demandent des gages que nous les jeunes n’avons pas", regrette Alphonse Habimana, président de cette association.

Les "nouveaux escrocs"
Découragés, des jeunes sans emploi cherchent à gagner de l’argent par tous les moyens y compris malhonnêtes. La police nationale ne cesse d’appréhender des jeunes qui trompent la vigilance de la population en prétendant être agents de tel ou tel service de l’État. Certains déclarent faussement être des percepteurs de l’Office rwandais des recettes ; d’autres tentent de fabriquer de faux billets de banque et documents officiels. "Nous les arrêtons, heureusement, grâce à la collaboration de la population", se réjouissait en juin dernier le porte-parole de la police, le superintendant Théos Badege, alors que trois d'entre eux – deux à Kayonza (Est) et un à Karongi (Ouest) – venaient d'être arrêtés en possession de faux billets.
Ces "nouveaux escrocs" sont parfois des jeunes gens ayant une formation universitaire, qui utilisent les nouvelles technologies pour réaliser leurs mauvais desseins. "Il y a peu, on a découvert qu’un jeune informaticien de 28 ans avait réussi à recharger sa carte de téléphone pendant cinq mois sans passer par la compagnie de téléphonie mobile à laquelle il était abonné", rapporte ainsi un habitant de Kigali.
De nouvelles formes d’escroquerie se développent au sein de catégories de personnes jadis insoupçonnables. "Une jeune fille bien habillée, couverte de bijoux, m’a approchée à Nyamirambo (un quartier de Kigali, Ndlr) et m’a dit dans un bon français que la batterie de son portable s’était déchargée alors qu’elle avait un message important à transmettre à sa collègue qui l’attendait à la banque. Elle m’a demandé de lui passer mon téléphone, puis a fait un pas de côté en faisant semblant d'appeler avant de monter sur un taxi moto et de disparaître", raconte Immaculée, une commerçante.
D'autres jeunes filles au chômage de Kigali exploitent un autre business. Les week-ends elles prennent le bus pour Kampala, en Ouganda voisin, afin de se prostituer. "Quand je pars pour acheter des marchandises, je voyage souvent avec un groupe de trois filles que je connais bien. L’une d’elles m’a dit un jour qu’elle rentrait à la fin du week-end avec au moins 200 $ en poche", confie un commerçant de Kigali.

Gare aux ventres creux !
"Nous avons déjà reçu 1836 dossiers de candidature pour seulement 60 places dans un emploi temporaire de deux mois pour organiser des archives de notre ministère. Les postulants détiennent tous un diplôme de licence", déclarait à la mi-juillet 2012, un agent au ministère de la Santé, alors qu'une trentaine de nouveaux postulants se bousculaient encore dehors pour remettre leurs dossiers avant l’heure limite de dépôt.
Un mois avant, l’Institut national de la statistique du Rwanda avait dû organiser un test écrit dans les gradins du stade national Amahoro de Kigali pour le recrutement des agents de codification et de saisie des données du recensement général de la population prévu à partir du 15 août prochain. Les candidats, pour la plupart fraichement sortis des universités du pays, étaient en effet si nombreux qu’aucune salle ne pouvait les contenir. "C'est là un signe de l'augmentation vertigineuse du taux de chômage parmi notre jeunesse", faisait remarquer un agent de l’Institut de la statistique.
Cette situation apparaît à certains comme un mauvais présage. "La plupart des jeunes sont désœuvrés. Même s’ils se taisent, ils sont très mécontents et ils jugent leur avenir incertain. Il faut les craindre, car ils ont le ventre creux", avertit un jeune au chômage depuis cinq ans.
Pour trouver une solution au problème, le gouvernement avait promis la création de 200 000 emplois par an afin de faire baisser le taux de chômage estimé à 30 % de la population en 2008. "Nous renforcerons les capacités des jeunes notamment par la formation professionnelle pour voir le taux de chômage réduit à 5 %, avait annoncé le Premier ministre, Pierre Damien Habumuremyi, en présentant le programme du gouvernement au Parlement, en novembre dernier…

Venant Nshimyumurwa