09-08-2012
De plus en plus de jeunes Kinois souhaitent monter leurs propres boites. Patrons, ils valorisent leurs compétences professionnelles et sont à l’abri du licenciement. Mais, la culture de travailler au service de l’Etat inhibe encore l’initiative personnelle de beaucoup d’entre eux.
A 37 ans, Susie Bakajika décide d’arrêter ses consultances pour se consacrer à Lisapo, une agence en communication qu’elle a créée en 2009 avec quelques amis. L’ASBL édite également un journal du même nom. "Je trouve de l’harmonie dans la liberté d’être chef de soi et de mieux gérer son temps. Chaque heure qui passe, je la consacre à quelque chose d'utile, avec des deadlines pour tout". La jeune dame dit surtout "ne pas trouver d’attrait dans un travail fonctionnarisé comme c’est le cas en RDC, où les gens sont là de 8 h à 16 h, même quand ils n’ont rien à faire." Christophe Ilunga, 24 ans, a lui préféré quitter le service de maintenance dans l’entreprise qui l’employait pour monter une boutique d’accessoires pour téléphones : "On se sent plus en sécurité en créant sa boite qu’en étant salarié dans une entreprise où l’on est sous la menace constante d’un licenciement." Comme Christophe, ils sont de plus en plus nombreux, les jeunes de Kinshasa qui abandonnent leur statut de salarié pour monter leurs propres affaires.
"Une petite fierté au pays"
L’indépendance et l’autonomie que confère le statut de patron viennent en tête des arguments. "Malgré un environnement économique précaire, l’idée de sortir du cadre de travail normal est attrayante pour des jeunes désireux de plus de flexibilité et qui souhaitent travailler pour eux-mêmes", explique le professeur Noël Obotela de l’Université de Kinshasa. "Le statut de patron permet de mieux valoriser ses compétences professionnelles", analyse l’enseignant.
Dans une entreprise, l'absence de valeurs que l’on défend, explique également que des jeunes gens décident de sortir de la relation de travail traditionnelle. "Je n’en pouvais plus d’être à chaque fois déchiré au-dedans de moi-même du fait du yoyo de la ligne éditoriale de notre journal, évoluant au gré des intérêts.. ", explique l’actuel directeur de l’hebdomadaire Congo News, Hugues-Michel Mukebayi Nkoso. En 2009, à la surprise générale, il a mis fin au contrat qui le liait à une prestigieuse publication de la place pour fonder son propre journal. Bien lui en a pris, car son œuvre rayonne et compte désormais dans le paysage médiatique congolais. "Je sens que nous faisons quelque chose qui touche à la vie des gens. Avec les amis, nous sommes en train d’apporter notre pierre à l’édification de notre pays. C’est même cette dimension qui nous motive davantage." Exit "l’idée d’aller partager un studio à dix à Paris" qui l’a tenté dans sa jeunesse, comme la plupart des jeunes kinois. "A 46 ans, j’ai créé un petit nom, j’ai une petite fierté ici au pays…", se félicite-t-il.
Créer de l’emploi pour d’autres
Beaucoup d’autres jeunes nourrissent l’ambition de devenir créateurs d’emplois pour leurs concitoyens, plutôt que d'en laisser l’initiative uniquement à l’Etat. "Notre entreprise existe depuis 2007. Nous sommes présents dans douze des treize quartiers de notre commune (Lemba, Ndlr). Nous employons une dizaine de personnes qui vivent essentiellement de cet emploi. Nous espérons procurer plus de travail aux gens avec l’extension de nos activités", explique Roger Kitenge, administrateur-directeur des ressources humaines de Bopeto, une entreprise spécialisée dans les vidanges des ordures ménagères. Il confie que "les ordures, c’est de l’or pur, il faut les transformer pour faire recette". Mais ils n’en sont pas encore là.
Toutefois, beaucoup de jeunes attendent encore tout de l’Etat. Chaque jour, ils sont des centaines à aller déposer leurs CV à la direction provinciale de l’Office national de l’emploi (Onem). En RD Congo, depuis toujours, le symbole de l’ascension professionnelle est de travailler au service de l’Etat et non de créer sa propre entreprise. Cela inhibe encore l’initiative personnelle, même si certains Kinois sortent du lot et se mettent avec succès à leur compte.
Didier Kebongo