31-08-2012
En juillet le balisage du fleuve Congo entre Kinshasa et Mbandaka a été remis en état. La navigation est plus rapide et les risques d'accidents moins importants. Un soulagement pour les armateurs, les navigants et les passagers.
"Il n’y a plus d’embûches entre Kinshasa et Mbandaka. Le trafic fluvial sur ce tronçon se fait de façon très satisfaisante désormais. Nous avons mis moins de temps que d’habitude pour arriver à Kinshasa", témoigne le commandant d’un petit bateau privé arrivé fraîchement de Mbandaka. A quai, un commerçant qui hésitait entre prendre l’avion ou embarquer à bord d’un bateau pour suivre ses marchandises au chef-lieu de la province de l’Equateur est vite rassuré par un officier baliseur de la Régie des voies fluviales (RVF). "Un fleuve balisé est comparable à une route asphaltée…", dit-il. "Les écueils, explique-t-il, sont pour l’instant en amont entre Mbandaka et Kisangani. Mais là aussi le baliseur Lomela, qui a fini de baliser les 700 km Kinshasa-Mbandaka, s'active depuis le 25 août".
Le 18 juillet, deux baliseurs, Lomela et Congo affectés à la campagne de balisage 2012 du fleuve Congo et de la rivière Kasaï quittaient le port public de l’ex-ONATRA sous des applaudissements nourris des armateurs et navigants qui n’en croyaient pas leurs yeux. Cette campagne est rendue possible grâce au Projet d’appui à la navigabilité des voies fluviales et lacustres financé par l’Union européenne, dans le cadre du 10ième Fonds européen de développement, pour un montant de 60 millions d’euros. Les interventions conduites dans le cadre de ce projet ont lieu sur le bief moyen du fleuve Congo, de Kinshasa à Kisangani, soit 1 734 Km; sur la rivière Kasaï, de Malela Kwa à Ilebo, 605 Km et sur une partie du Lac Tanganyika à travers la réhabilitation des ports de Kalundu et Kalemie.
Moins cher et plus sûr
L’absence de balises est durement ressentie par les armateurs qui, transportant des milliers de tonnes des vivres sur un fleuve et des rivières non balisés, recourent souvent aux riverains et pêcheurs qui, eux, connaissent la meilleure passe ou la voie navigable. Les navigants butaient à des conditions de navigation difficiles en de nombreux endroits du fait de la mobilité des bans de sable et de la présence de roches.
Selon l’officier baliseur de la RVF, Emmanuel Makwala Nzo-Men, "la RD Congo dispose de 12 000 km de voies navigables, mais seulement quelque 5 000 km sont balisées." Selon lui, "le balisage permettra de réduire le nombre d’accidents de navigation qui se soldent trop souvent par des pertes en vies humaines et de biens matériels." Le balisage aide en fait à aménager les voies navigables avec le marquage des signaux flottants et normatifs de rive. Mady Asosa, commerçante, regrette que les baliseurs arrivent un peu tard pour la baleinière de son mari qui a coulé avec toute sa cargaison après avoir heurté début 2012 un ban rocheux sur la rivière Kasaï. Ce genre d’accidents sur le fleuve et ses affluents sont récurrents. Selon l’ambassadeur de l’Union européenne en RDC, Jean-Michel Dumond, "les infrastructures de transport de la RDC ont souffert beaucoup trop et pendant plusieurs années du manque d'investissements, de ressources, d'entretien…, qui ont entraîné leur délabrement à un niveau exponentiel."
L’aménagement et l'exploitation de voies fluviales en RDC n'ont jusqu'à présent pas fait l'objet de financement à la hauteur des besoins de ce secteur, malgré l’avantage qu’il présente. "Pour faire 1 km de route l’Etat dépense 1 million de dollars, alors que avec la même somme, on peut baliser 1 734 km marins. Des voies qui ne demandent pas beaucoup de moyens mais avec lesquelles nous pouvons faire beaucoup", lâche-t-il, dépité, un expert de la RVF.
Mettre de l’ordre dans le secteur
Seul un réseau d'infrastructures efficaces permet à l'Etat d'assurer correctement ses fonctions régaliennes. Pour cela il faut mettre en place une politique de transport claire, réaliste et efficace, intégrant les routes, chemins de fer, l’aviation civile, le transport fluvial et maritime… De cette manière, commente le professeur Philippe Biyoya, les haricots produits au Nord et Sud-Kivu pourront être consommés à Kinshasa, à un prix moins élevé car les commerçants ne seront plus obligés de recourir au fret aérien. Avec la fluidité du trafic sur le fleuve Congo, des tonnes de haricots seront acheminées à Kisangani par camions puis embarquées dans des bateaux pour Kinshasa où ils arriveront .dans un temps relativement court et non plusieurs semaines comme c’est le cas maintenant. De même, les produits manufacturés qui proviennent des usines de Kinshasa comme le savon, l'huile alimentaire et d'autres, mettront moins de temps pour atteindre l'intérieur du pays en passant par le fleuve. Avec le balisage, la sécurité des personnes et des marchandises est mieux assurée. Le ministre des Transports et voies de communication, Justin Kalumba, qui dit l’avoir compris, tient à mettre un terme au désordre récurrent qui règne dans le secteur.
Didier Kebongo