07-09-2012
(Syfia Grands-Lacs/RD Congo/) La police de proximité installée depuis deux mois dans quatre provinces de la RD Congo est là pour prévenir l'insécurité et rassurer les habitants. Une initiative qu'ils saluent mais qui pourrait bien ne pas avoir l'effet escompté si ces policiers ne reçoivent pas les moyens promis.
"Proximité, Partenariat, Prévention", les 3 "P" ; et "Résolution des problèmes, Recevabilité, Respect des droits de l’homme", les 3 "R", telle est selon le colonel Justin Boluwa, de la Police nationale congolaise (PNC), la doctrine de la nouvelle police de proximité mise en place en juillet en RD Congo dans les provinces du Bas-Congo, du Kasaï-Occidental, du Sud Kivu et de Kinshasa.
Ainsi à Bukavu, trois commissariats de référence, avec 45 agents chacun, sont déjà implantés dans les quartiers Nyalukemba, Muhungu et Panzi, en commune d’Ibanda. Deux autres suivront sous peu. Ces policiers sont reconnaissables à leurs épaulettes rouge-clair. Bien que faisant partie intégrante de la PNC, ils sont placés sous les ordres des autorités administratives locales (bourgmestres et chefs de quartier) qui peuvent les utiliser sans autorisation préalable (réquisition) de la hiérarchie de la police. "Lorsqu’il y a nécessité d’intervenir pour rétablir l’ordre dans le quartier, le chef de quartier ou le bourgmestre nous contacte et des éléments sont disponibilisés immédiatement", renseigne, un lieutenant, responsable d'un commissariat.
En cas de menaces, la nuit, la population siffle bruyamment et une fois alertés, les cadres de base saisissent le commissariat. Ceux-ci étant sensés se trouver dans le quartier, il est donc possible d’éviter certains crimes. "Et même pour l’exécution de nos mesures (interpellations, encadrement lors des travaux communautaires,…), si cela nécessite la force publique, nous recourons vite à eux", renseigne le secrétaire du bureau de quartier Nyalukemba. Reste un problème de mobilité faute de moyens de transport, poursuit-il.
A Kinshasa, début juillet, le ministre de l'Intérieur a remis une quarantaine de jeeps aux commissariats et à certaines unités d'intervention de la police de proximité. Cela pour faciliter la lutte contre les "Kuluna", ces jeunes gens qui se droguent et terrorisent les habitants des communes de Kinshasa. Ces jeeps portent toutes des numéros d'appel d'urgence que tout le monde peut composer en cas de problème.
Changer l’image de la police…
Jusqu'à présent la police, appelée à sécuriser les citoyens et leurs biens dans le respect de leurs droits se montre plus répressive que préventive, plus brutale que protectrice. La population attendait de longue date ces nouveaux policiers plus proches d'eux.
Des forums de quartiers, réunissant les cadres de base (chefs d’avenue, de cellules), leaders communautaires représentant jeunes, femmes, acteurs de la société civile s’organisent régulièrement. "L’occasion y est donnée à la population de dénoncer d'éventuels bandits et les lieux où ils opèrent, déclare Habamungu, chef de cellule, au sortir d’un forum au quartier Panzi. "Une fois informés, avec certains jeunes du quartier nous procédons à la filature et des fois, nous mettons la main sur ces bandits opérant surtout la nuit à l’aide d’armes blanches", se félicite le lieutenant Nadine, du commissariat de Nyalukemba qui a déjà attrapé une bonne dizaine de ces hors-la-loi. Maneno Mpanzi, chef de ce quartier affirme que, depuis lors, il enregistre de moins en moins d’attaques nocturnes dans son entité.
Issus de différentes unités de la PNC, ces 279 policiers ont été formés au centre d’instruction Jules Moke de Bukavu pendant quatre mois et on appris les règles de déontologie et d’éthique de la police des Nations Unies. "Les défis à relever restent immenses, affirme, pour sa part, Déogratias Zighashane, activiste de droits de l’homme. Avec des policiers issus de différents groupes armés, sans niveau d’instruction requis et sans véritable formation, ce n’est pas évident qu’ils répondent correctement à leur mission".
Sans moyens, elle risque de sombrer…
Certains policiers de cette unité rencontrés disent être totalement délaissés. "Lors de notre formation, on nous disait qu’on nous donnerait 35$ par semaine pour notre survie, mais nous ne recevons rien", se lamente un d’eux. Cela les mettrait à l’abri de toute tentation de recourir à des tracasseries et au harcèlement de la population. "J'ai croisé ces policiers en patrouille, ils m’ont dépouillé de tout ce que j’avais (téléphone et argent), déplore Janvier, habitant à Muhungu. "Ces policiers n’ont pas les moyens nécessaires pour faire leur travail", rajoute, un cadre de base de la commune d’Ibanda : lors de la dernière pluie, certains bandits rackettaient les passants mais les policiers, sans rien pour se protéger de la pluie, n'ont pas bougé. ""Même les rames de papier commencent à manquer", se lamente un responsable de cette police. Selon lui, certains éléments ont déjà déserté ou cherchent à regagner leurs anciennes unités où ils savaient se débrouiller…
"Trouver même du papier duplicateur pour mon bureau, c’est un casse-tête. Comment serais-je alors en mesure de les prendre en charge", se plaint un responsable de quartier qui estime en outre que cela ne relève pas de sa responsabilité. Mais pour cet enseignant, "sans des bonnes conditions, elle ne sera pas différente des autres unités"."La population doit s’approprier cette police et éviter de tirer à boulet rouge sur elle", recommande cependant le colonel Ekofo, pour qui les moyens vont suivre.
Jean Chrysostome Kijana