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RD Congo

17-09-2012

Goma : des mères d'enfants handicapés chassées de leurs foyers

(Syfia Grands-Lacs/RD Congo) Alors qu’elles auraient besoin d’être assistées, des mères d’enfants handicapés sont chassées de leur foyer, considérées comme "responsables" de l’état de santé de leurs bébés. Une association milite pour faire sortir ces mères et leurs enfants de l’isolement social et économique.

"Ils prétendent que je suis une sorcière, que je suis responsable du handicap à la jambe droite de mon bébé parce que l’un de mes grands-parents était handicapé", témoigne, les larmes aux yeux, maman Dany. Françoise Walimwengu, la trentaine, est, elle rejetée par sa famille et condamnée à vivre seule avec son enfant handicapée. Elle a dû quitter ses trois autres enfants, valides, que son mari a voulu garder.
"Dans mon ascendance, personne n’est handicapé. Alors pourquoi ma femme a-t-elle mis au monde un enfant paralysé d’un bras et d’une jambe ?", s’interroge un homme sous couvert de l’anonymat. Il explique qu’il a donc chassé sa femme avec l’enfant, en lui disant : "C’est le cadeau de notre amour que je t’offre ; cet enfant t’appartient et personne ne te le demandera. Mais oublie que nous sommes encore mariés…" Maggy, de son côté, avait mis au monde un handicapé mental ; chassée de son foyer, elle est venue déposer l’enfant à la porte de la sœur de son ex-mari. "Son mari l’avait déjà abandonnée, et elle a ensuite abandonné l’enfant. Nous sommes devenus, de fait, ses parents", raconte Lydie Nechi Mungongo, qui s’occupe de David désormais âgé de 6 ans.
De telles malheureuses histoires sont légion. "C’est regrettable de constater que, presque toujours, et sans examen médical, la femme soit toujours considérée comme responsable du handicap de son enfant ; et que de surcroît, quoi qu’il en soit, cela soit une raison pour la répudier", déplore le médecin Hanry Tchongo Kataliko.

L’enfant handicapé, une charge de trop
Un enfant qui naît handicapé est avant tout une charge pour les familles, car s’en occuper coûte cher et demande du temps. "Mon enfant a 8 ans, mais il n’étudie pas car personne n’est disponible pour l’amener à l’école. Il faut toujours le faire manger, l’aider à faire ses besoins, lui faire sa toilette", explique Françoise Walimwengu. "Ces mères de famille isolées, souvent analphabètes, ne peuvent que vivre de petites activités qui ne rapportent que de faibles revenus", explique Étienne Paluku, le président de l’Association des parents des enfants au cerveau lésé (APEC), qui vient en aide, notamment pour les soins médicaux, aux plus vulnérables parmi cette population.
"l y a cinq ans que je ne fais plus rien. Ma seule activité, c’est de garder l’enfant de mon grand frère que ses parents avaient abandonné", confirme Lydie, la maman d’adoption de David. Pour les parents enregistrés et adhérents à l’association, "les soins de base sont gratuits", précise le Dr Henry Tchongo, spécialiste en réadaptation et kinésithérapeute du Centre pour handicapés, qui se charge de les soigner.
L’APEC permet à ces parents de faire entendre leur voix. "Nous avons par exemple manifesté, en mai, à l’occasion de la journée internationale de l’enfant africain, pour dire que l’enfant handicapé et sa mère ont le droit d’être protégés comme tout un chacun", déclare maman Clarice, une membre influente de l’APEC, elle aussi rejetée par sa famille et son mari pour avoir mis au monde un enfant handicapé.
L’APEC soutient aussi les femmes qui veulent intenter des actions en justice lorsqu’elles sont chassées de leur foyer. "Grâce à nous, une maman, Jacqueline Kavira, a gagné son procès contre son ex-mari", raconte avec fierté un membre de l’APEC. Le tribunal de paix de Goma avait demandé à la famille de rétablir Jacqueline dans ses droits ; cependant, seul le paiement de dommages et intérêts a été recommandé, sans suite à ce jour.

Faire reculer les préjugés
"Notre objectif est de supprimer les discriminations et les marginalisations dont nous sommes souvent victimes", résume Françoise Walimwengu. "Mon père a divorcé d’avec ma mère parce que j’étais née handicapée", témoigne Béatrice, 20 ans, qui a appris à lire et à écrire grâce à l’APEC, qui assiste dans cet apprentissage certains enfants manquant totalement de soutien. Pour elle, le meilleur moyen de lutter contre cette discrimination est de punir sévèrement ceux qui s’en rendent coupables devant les tribunaux. Malheureusement, ajoute Françoise, "le père de mon enfant avait bien promis devant le tribunal de paix qu’il soutiendrait tous les besoins de son enfant, mais il n’a jamais respecté cette promesse". Pour compliquer la situation, "l’État n’a pas de fonds propres pour les personnes vivant avec handicap", déclare un agent à la division provinciale des affaires sociales. Pourtant ces situations sociales ne sont pas rares : depuis trois ans, L’APEC a en effet enregistré plus de 500 parents d’enfants handicapés affiliés. Parents qui regrettent notamment que Handicap International, de son côté, ne prenne en charge que les handicaps liés aux situations de guerre.

Cosmas Mungazi