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RD Congo

21-09-2012

Matadi : Myriam Gilberte donne le goût du français à ses élèves

Myriam Gilberte, une jeune française bénévole, a choisi d’apprendre le français pendant six mois aux élèves de Mansianga, une école défavorisée de Matadi. Décomplexés, les enfants s’expriment et lisent mieux.

"Aujourd’hui, mon fils Kevin articule bien les mots en français, il respecte la prononciation. Il est maintenant en mesure de jouer convenablement au scrabble", raconte, joyeuse, Paoline Ngalula, une mère de Matadi. Ce n’est pas tout. "A l’école il a obtenu 71 % et fait un maximum de points en français. Merci à Madame Myriam Gilberte".
Après une licence (bac+4) en français dans une université française, Myriam Gilberte, 24 ans, a séjourné depuis janvier à Matadi, dispensant bénévolement durant six mois des cours aux élèves de l’EP Mansianga, située dans un milieu défavorisé du chef-lieu du Bas-Congo. "Je voulais me rendre dans un pays en développement, enseigner cette langue", déclare-t-elle. "Elle s’est bien intégrée. Elle n’est pas exigeante. Elle parcourait parfois de longues distances à pied", poursuit Jean-Paul Digata, le promoteur de l’école.
Pour mieux s’y prendre, Myriam a réparti les 150 élèves qu’elle suivait chaque jour après-midi en 15 petits groupes et adopté une méthodologie participative. "J’utilisais les manuels illustrés et beaucoup de jeux (mots croisés, cartes) et bien d’autres choses. Il fallait suivre individuellement les enfants, car j’ai découvert qu’ils avaient beaucoup de lacunes en français".

Un Sommet "nous réveiller"
La méthodologie empruntée a permis aux élèves de mieux se découvrir et d’apprendre la langue de Voltaire. "Les enfants peuvent maintenant lire un livre. Sa présence au sein de l’école a changé beaucoup de choses. Les enfants sont décomplexés étant donné leur perception d’une blanche", témoigne Jean-Paul.
Directeur provincial de l’éducation (Proved), Lambert Mbadu, se réjouit, lui aussi, de l’apport de Myriam. "C’est une initiative géniale, car une langue, il faut lui donner du goût. Lorsque les élèves ne maîtrisent pas le français, les connaissances ne viennent pas". Le Proved, qui observe une baisse de niveau de français (langue officielle de l’enseignement en RDC) chez les enseignants aussi bien que les élèves au Bas-Congo, espère que le XIV Sommet de la Francophonie qui va se tenir en octobre prochain à Kinshasa "va nous réveiller". "La situation est dramatique. Les enfants et bon nombre d’enseignants ne maîtrisent pas le français", se plaint-il.
Selon Myriam, qui a apporté beaucoup de livres à l’EP Mansianga, cette situation est due notamment au manque de manuels scolaires et à la faiblesse du niveau de rémunération des enseignants qui, du coup, sont peu motivés. "Les enseignants sont des éternels étudiants, mais ici, ils ne se recyclent pas", estime pour sa part Jean-Paul Digata dont l’école organise régulièrement des retraites pédagogiques pour mettre à jour certains. "Notre mission, c’est de donner un enseignement de qualité aux enfants pauvres", affirme-t-il, en promettant que son école va ramener un prix le mois prochain lors de la 6ème édition du festival national pour enfants qui se tiendra à Matadi autour du thème : "L’enfant et la Francophonie".

Bénita Sambu