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RD Congo

21-09-2012

Nord–Kivu : à la recherche de la paix dans le Masisi et Walikale

Les notables locaux des territoires de Masisi et Walikale, à l’ouest de Goma, au Nord-Kivu, tentent au fil des réunions d’aplanir les différends tribaux, source de conflits armés. Certains jeunes ayant pris les armes entendent le message.

Sur les quelque 16 000 déplacés enregistrés dans les camps de réfugiés de Masisi, au Nord-Kivu, la majorité sont originaires de la région et du territoire voisin, plus à l’ouest, Walikale, selon un rapport de Jean-Marie Masumbuko, administrateur assistant des camps, paru le 30 août dernier.
Cette population fuit les attaques des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) et de groupes Maï-Maï. Ces derniers sont composés de jeunes du cru. Dans un communiqué publié début août, la société civile du Masisi affirme que "des leaders communautaires et politiques, c’est-à-dire élus locaux, chefs coutumiers, etc. ; bref, des notables de ces deux territoires, attisent les conflits armés pour des intérêts privés dans ce coin du Nord-Kivu où chaque tribu a sa milice."
A cause des nombreux morts causés par ces conflits tribaux, d’autres notables tentent, eux, d’aplanir les différends au fil des réunions organisées depuis le mois de juin. La dernière en date s’est tenue du 7 au 10 septembre. La troisième de ces rencontres s’est déroulée le 20 août dernier dans les locaux de la Croix-Rouge de Goma.
Organisées par l’Asmawa, une plateforme d'associations de Masisi et Walikale, ces assises ont réuni environ 300 personnes. Le dialogue a été franc. "Il est regrettable que les enfants d’un même clan s’entretuent. Or, c’est le cas de jeunes de Nyamaboko, qui tuent notre population et incendient nos maisons, en prétextant du fait que nous aurions hébergé leurs ennemis FDLR. Mais, les FDLR se sont installées chez nous par la force !", a souligné le porte-parole du groupement Walowa Uruba, accusant ses voisins.
Pour dénouer ces nœuds conflictuels, Levis Kibandja, coordonateur d’Asmawa, écoute tout le monde et, plutôt que de tenter de trancher, amène les parties à collaborer au lieu de s’affronter : "Nous devons nous mettre d’accord sur les possibilités de convaincre nos fils armés. Ils restent nos enfants, et nous devons pouvoir leur interdire certaines choses."

Message pacifique
Etonnamment, certains jeunes combattants semblent entendre le message. "Je préfère attaquer les FDLR aux côtés de l’armée loyaliste pour mettre fin à leurs atrocités", assure ainsi Akilimali Luendo, chef des Maï-Maï Akilo. Le 25 août dernier, il a donc décidé, avec 50 de ses hommes, de rejoindre les rangs des Forces armées de la RDC (FARDC).
Cependant, les motivations de bien des combattants sont moins nobles, et difficiles à contrer. Lors d’une conférence de presse de l’Association des droits de l’homme pour les volontaires du Congo (ASVOCO), Dufina Tabu, son coordinateur, a indiqué que l’insécurité était autant due à des brigands se faisant passer pour des FDLR ou des Maï-Maï et qui violent et pillent les populations.
Malgré tout, précise Lukonga Birunga, chef de groupement Walowa-Yungu, "nous essayons de dire à nos enfants de se désolidariser des miliciens, car la région ne pourra jamais se développer sans paix. Des jeunes qui meurent, c’est une perte de main d’œuvre pour le développement de la contrée."
Ceux qui décident de changer de camp sont des atouts précieux pour l’armée congolaise, car ils l’aident à traquer les groupes armés, dont ils connaissent bien les habitudes et les modes opératoires. "Grâce à ce type d’informations, nous avons par exemple neutralisé, le 21 août, les Maï-Maï Nyatura à environ 10 km de Masisi-centre. Ces miliciens attaquaient régulièrement le camp de déplacés de Kishonja", déclare le porte-parole des opérations FARDC/Masisi, qui félicite les jeunes les guidant pour attaquer les positions de groupes armés.

Des villages se parlent à nouveau
Les autorités se disent optimistes, des villages autrefois dits "ennemis" recommençant à cohabiter sans heurts. "Il faut reconnaître qu’il y a des progrès sur le terrain, car des villages protagonistes ont repris langue. Il y a trois mois, par exemple, les habitants de Walowa-Yungu ne saluaient pas ceux de Nyamaboko. Maintenant, ils mangent ensemble et ont recommencé à se marier entre eux", se félicite Feller Lutahishirwa, vice-gouverneur du Nord-Kivu.
Selon certains, ces jeunes combattants seraient fatigués de combattre pour des causes qu’ils ignorent, et qui sont souvent inexistantes. "Ils sont en train de comprendre que tout cela vient de certains politiques et d’hommes d’affaires du coin qui manipulent la jeunesse pour des intérêts privés et égoïstes", affirme André Muhima, administrateur assistant du territoire de Masisi.
De leur côté, les notabilités réunies sous l’égide d’Asmawa se félicitent de ces avancées. Levis Kibandja voudrait aller plus loin encore : "Après avoir réconcilié les villages entre eux, nous allons nous baser sur les rapports de la Monusco pour essayer de faire traduire en justice, devant la Cour pénale internationale (CPI), ces groupes armés qui ne veulent pas la paix et sèment la terreur. Tôt ou tard, ils devront répondre de leurs actes."

Cosmas Mungazi, Mustapha Mulonda